La Banque mondiale a présenté ce mardi 24 mars, à Kinshasa, son dernier rapport de suivi économique consacré à la République démocratique du Congo. Le document, publié en mars 2026, révèle une économie à double vitesse, où des performances macroéconomiques encourageantes coexistent avec des fragilités profondes.
Selon le rapport, la RDC a affiché une croissance de 5,5 % en 2025, supérieure à la moyenne subsaharienne, tirée essentiellement par le secteur minier. Sur le front monétaire, l’inflation a chuté de 11,7 % fin 2024 à 2,3 % fin 2025, tandis que le franc congolais s’est apprécié d’environ 30 % face au dollar. Ces signaux positifs ne dissimulent pas pour autant une réalité sociale préoccupante : 81,7 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté, et la croissance ne se traduit pas en création d’emplois.
Le rapport pointe les entreprises publiques comme le principal point de tension. Entre 2014 et 2023, ces entités ont cumulé près de 5,3 milliards de dollars de pertes — l’équivalent du budget annuel du secteur de la santé. La Société nationale d’électricité (SNEL) concentre à elle seule 75 % de la dette du portefeuille public.
« Certaines structures accusent des arriérés de salaires dépassant 100 mois, et la moitié seulement des vingt principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers en 2024. La Banque mondiale souligne que ces défaillances, dans un contexte où les marchés financiers domestiques restent peu développés, constituent une source croissante de risque budgétaire et d’inefficacité macroéconomique », indique le rapport.
À cela s’ajoute la pression exercée par le conflit à l’est du pays sur les finances publiques : les dépenses militaires ont triplé en un an pour atteindre 3,4 % du PIB, une trajectoire que l’institution de Washington juge préoccupante pour les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Les perspectives de croissance restent orientées à la hausse, autour de 5,1 % jusqu’en 2028, portées notamment par le projet hydroélectrique Inga 3 et le corridor de Lobito. La Banque mondiale conditionne toutefois ces projections à des réformes structurelles : sans assainissement du secteur parapublic et sans diversification de l’économie au-delà des matières premières, prévient-elle, la RDC demeurera exposée aux chocs extérieurs et aux inégalités structurelles.
En marge de la présentation du rapport, un panel consacré aux entreprises publiques face aux défis du développement a réuni plusieurs membres du gouvernement, dont Daniel Mukoko Samba, vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Mbuyi Shiku, ministre du Portefeuille et Doudou Fwamba Likunde, ministre des Finances, aux côtés de représentants de l’Ordre national des experts-comptables et du secteur privé.
DEL