Le Conseil d’administration de la Banque mondiale a donné, jeudi 12 mars, son feu vert au programme « Des compétences pour la transformation économique et l’emploi » en Afrique de l’Est et australe (ou SET4Jobs selon son acronyme en anglais).
Porté par une enveloppe globale de 972 millions de dollars, ce programme, dont la RDC est l’un des principaux bénéficiaires, vise à former 18 millions de jeunes en Afrique de l’Est et australe d’ici 2034 pour répondre aux besoins pressants des industries locales.
Financé par l’Association internationale de développement (IDA), ce projet sur huit ans cible les secteurs à fort potentiel de croissance tels que l’agroalimentaire, l’énergie et l’industrie manufacturière.
Un impératif démographique et économique
L’initiative intervient dans un contexte de forte pression sur les marchés du travail régionaux. Selon les données de la Banque mondiale, environ 8 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché de l’emploi en Afrique de l’Est et australe, alors que moins d’un million accède à un emploi salarié formel. Plus alarmant encore, 6,5 millions de jeunes de la région se trouvent en situation de « NEET » (ni en emploi, ni en études, ni en formation).
« Le programme SET4Jobs est un investissement transformateur dans la plus grande richesse de l’Afrique : sa jeunesse », a souligné Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour la région. L’objectif affiché est clair : aligner les compétences techniques sur les besoins réels du secteur privé pour maximiser l’impact des investissements productifs.
La RDC au cœur du dispositif
Parmi les sept pays de la première phase (aux côtés du Mozambique, de la Tanzanie ou de la Zambie), la République démocratique du Congo s’affirme comme un axe stratégique du programme. Pour Kinshasa, l’enjeu est de transformer sa croissance économique en opportunités inclusives.
Le programme s’articulera autour de trois piliers majeurs pour le pays :
- La modernisation de l’enseignement technique (EFTP) : adaptation des curricula aux standards internationaux.
- L’incubation entrepreneuriale : accompagnement des jeunes pousses dans les chaînes de valeur locales.
- La synergie régionale: coordination via le Conseil interuniversitaire pour l’Afrique de l’Est (IUCEA) pour favoriser la mobilité des compétences.
En quoi consistera le programme en RDC ?
L’enveloppe destinée à la RDC dans le cadre du programme « Des compétences pour la transformation économique et l’emploi » s’élève à 300 millions de dollars et sera déployée sur une période de cinq ans. Aligné sur les priorités du Plan national de développement stratégique de la RDC, il fait de la diversification, de la croissance inclusive et du développement des compétences les moteurs de la transformation économique. Il vient compléter trois mégaprojets en cours en RDC — Inga 3, Corridor de Lobito et PACT — en constituant un vivier de compétences hautement spécialisées nécessaires pour maximiser l’impact de ces opérations.
L’une des interventions phares portera sur la création de l’Académie d’Excellence Inga, dans la province du Kongo Central. Le projet contribuera également au développement d’institutions ciblées pour mieux répondre aux besoins en compétences des trois mégaprojets et plus largement du marché du travail dans six secteurs prioritaires : énergie et exploitation minière ; transport et logistique ; agriculture et agroalimentaire ; industrie manufacturière ; tourisme ; et technologie numérique.
Qui en bénéficiera ?
Le projet devrait permettre à un million de jeunes congolais d’acquérir le bagage essentiel à leur réussite sur le marché de l’emploi, en couvrant tout le spectre des compétences — des savoirs de base et intermédiaires aux aptitudes avancées. Il permettra en outre de délivrer une formation certifiante à 120 000 jeunes ni en emploi, ni en études ni en formation ou en situation de précarité, de soutenir 8 000 jeunes entrepreneurs/apprentis, et de financer la réalisation de plans d’affaires pour 5 000 entreprises (dont 50 % dirigées par des femmes).
Les établissements d’EFTP, tant au niveau secondaire que supérieur, bénéficieront du soutien du projet, notamment à travers la rénovation des infrastructures et la modernisation des équipements, la révision et l’élaboration de programmes d’études adaptés aux besoins du marché, ainsi que la formation des formateurs afin de renforcer leur capacité à dispenser des enseignements de qualité en adéquation avec les priorités nationales et les besoins de l’industrie. Dès la première année de mise en œuvre du projet, des institutions de formation existantes seront sélectionnées de manière stratégique à travers le pays et soutenues pour assurer l’acquisition de compétences dans les secteurs prioritaires. Il s’agit de répondre aux besoins urgents du marché du travail dans l’attente de l’ouverture de l’Académie d’Excellence Inga.
Comment le projet sera-t-il mis en œuvre en RDC ?
La mise en œuvre du projet en RDC sera pilotée par le ministère de la Formation professionnelle, en étroite coordination avec d’autres ministères impliqués dans le domaine du développement des compétences. Elle sera assurée par une unité de gestion du projet (UGP) qui dispose d’une vaste expérience dans la mise en œuvre de projets et qui appuie actuellement le projet d’amélioration de la qualité de l’éducation (PEQIP). Le projet financera également des activités de renforcement des capacités afin de consolider l’UGP et de garantir une exécution efficace et diligente.
Le projet mené en RDC, dont l’entrée en vigueur est prévue le 1er septembre 2026, associera fortement le secteur privé en vue d’assurer le succès de sa mise en œuvre. La participation du secteur privé portera sur : i) la révision et le développement de programmes d’études adaptés au marché, ii) les programmes de formation des formateurs, iii) la formation des étudiants et les opportunités d’apprentissage en alternance ou de stage, iv) la construction de l’Académie d’Excellence Inga, v) la gestion et le fonctionnement de l’Académie, vi) l’octroi de bourses pour les filles et les jeunes vulnérables, et vii) la fourniture de conseils stratégiques et techniques.
DEL