RDC : 57% des mineurs artisanaux de cobalt se disent victimes de travail forcé (rapport)

Selon un rapport publié récemment par l’Université de Nottingham (Royaume-Uni), la majorité (56,9%) des mineurs artisanaux exerçant dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo (RDC) se considèrent comme des victimes de diverses formes de travail forcé et d’exploitation.

Intitulé « Blood Batteries : The human rights and environmental impacts of cobalt mining in the Democratic Republic of the Congo », le rapport se base notamment sur une enquête menée auprès de 1431 mineurs artisanaux de cobalt actifs dans les provinces minières de Lualaba (62,5% des personnes interrogées) et du Haut-Katanga (37,5 %), qui ont contribué à hauteur de 76 % à l’approvisionnement mondial en 2024.

Il en ressort que l’exploitation artisanale et à petite échelle (Artisanal Small-Scale Mining/ASM) de ce minerai, essentiel à la transition énergétique mondiale et présent dans les batteries électriques, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs portables, constitue une activité de survie à haut risque, marquée par des journées de travail plus longues que les horaires officiels des mines, des revenus de subsistance et de graves répercussions sur la santé.

Dans le détail, 36,8 % des mineurs artisanaux couverts par l’enquête se déclarent victimes de travail forcé et 9,2 % sont des enfants obligés de travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles. 6,5 % se considèrent comme étant des victimes de servitude pour dettes (une autre forme de travail forcé, selon les classifications de l’ONU), et affirment qu’ils se retrouvent sans aucune autre option que de prendre un prêt ou une avance auprès d’employeurs ou recruteurs pour répondre à leurs besoins fondamentaux, en échange de leur travail sur les sites miniers. En outre, 4,4 % se déclarent victimes de traite d’êtres humains.

D’autre part, 41,9 % des mineurs interrogés disent avoir subi des sanctions pour ne pas avoir travaillé assez dur, tandis que plus de la moitié d’entre eux ont déclaré avoir été victimes de menaces et d’abus sur leur lieu de travail.

Le rapport révèle d’autre part que 27,7 % des personnes sondées avaient commencé à travailler dans l’exploitation minière artisanale alors qu’elles étaient encore mineures, et 87,8 % avaient commencé à exercer comme mineurs artisanaux faute d’autres moyens de subsistance.

Les répondants, dont 14,7% sont des femmes, n’ont accompli qu’environ 4 années de scolarité.

Ils qualifient leurs journées de travail de « longues », avec une moyenne d’environ 9 heures et demie, pour un revenu quotidien médian de 3,28 dollars (hommes : 3,52 dollars ; femmes : 1,84 dollar).

Eaux contaminées et perte de terres arables

Sur un autre plan, près des deux tiers des personnes interrogées ont déclaré souffrir de maladies ou de troubles chroniques, tels que des maladies respiratoires, des maladies dermatologiques, les affections gastro-intestinales, des problèmes gynécologiques, des hernies discales, des hémorroïdes, des troubles de la vision, des douleurs/blessures au dos et au cou, et des fractures osseuses. 70 % d’entre eux préféreraient quitter leur travail de mineur artisanal, mais ne peuvent le faire, principalement en raison de l’absence de moyens de subsistance alternatifs, et seulement 7,3 % ont déclaré avoir une source de revenus secondaire.

Aucun des mineurs artisanaux de cobalt n’était membre d’un syndicat, car il n’en existe aucun, et tous affirment n’avoir jamais signé de contrat de travail écrit.

En se basant sur des analyses géospatiales de l’impact environnemental des activités minières et des analyses d’échantillons d’eau, le rapport souligne par ailleurs que les concentrations de métaux lourds (arsenic, cadmium, plomb, etc.) dans les sources d’eau proches des sites miniers sont 10 à 930 fois supérieures à la limite maximale recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les communautés qui boivent, se lavent et pêchent dans ces régions souffrent, de ce fait, de plusieurs conséquences négatives sur leur santé, en raison de la forte toxicité des sources d’eau qu’elles sont obligées d’utiliser.

De grandes superficies de terres arables ont également disparu, laissant la place à de gigantesques mines artisanales et industrielles et obligeant des milliers d’agriculteurs à se reconvertir dans l’exploitation minière.

Au regard des conditions de travail périlleuses dans lesquelles le cobalt est extrait et des impacts environnementaux négatifs de cette activité, le rapport recommande aux différents acteurs du secteur (compagnies minières, gouvernement congolais, entreprises technologiques internationales, fabricants de véhicules électriques, etc.) de lancer une initiative indépendante de diligence raisonnable sur les chaînes d’approvisionnement en cobalt, qui doit être menée par des universitaires congolais, la société civile et les communautés minières, afin de garantir que les partenaires en aval des compagnies minières comme les fabricants de véhicules électriques et les entreprises technologiques respectent les lois nationales et internationales en matière de respect des droits humains et de durabilité environnementale, et de mettre en place des mécanismes de recours transparents permettant aux mineurs artisanaux de se plaindre des violations des droits de l’homme et des atteintes à l’environnement.

Les autres recommandations consistent notamment à formaliser l’activité minière artisanale en accordant aux travailleurs des contrats, des prestations de soins de santé et des salaires décents permettant aux familles de scolariser leurs enfants et d’améliorer leur niveau de vie, à fournir aux mineurs artisanaux des équipements de sécurité, tels que des bottes, des masques, des gants et des casques de protection et à réinvestir au moins 0,5 % des bénéfices nets des compagnies minières dans l’amélioration des conditions de vie des communautés locales.

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