Uranium : pourquoi la Chine cherche à étendre sa présence dans les mines africaines

Dans le cadre des efforts mondiaux de décarbonation, l’énergie nucléaire s’impose depuis quelques années comme une option stratégique pour les grandes puissances. La Chine incarne particulièrement cette dynamique avec l’accélération de la construction de nouveaux réacteurs sur son territoire.

Le jeudi 12 février, l’australien Bannerman Energy a annoncé la signature d’un accord avec une filiale du groupe public China National Nuclear Corporation (CNNC) en vue de créer une coentreprise pour développer le projet d’uranium Etango, en Namibie. Cette opération, qui devrait permettre à l’entité chinoise de prendre 42,75 % du capital de cet actif pour un investissement pouvant atteindre 321,5 millions USD, illustre l’expansion croissante des intérêts de Pékin dans l’industrie de l’uranium en Afrique.

Avant cette opération, la CNNC était déjà active dans plusieurs projets d’uranium en Namibie et au Niger, les deux principaux producteurs de ce combustible nucléaire en Afrique. En Namibie, le groupe détient notamment la majorité de la mine Rössing et 25 % des parts de Langer Heinrich, exploitée par Paladin Energy. Au Niger, sa présence se concentre sur le gisement Azelik, où il possède 37,2 % de la coentreprise, aux côtés de ZXJoy Invest, un autre investisseur chinois détenant 24,8 %.

Parallèlement, China General Nuclear Power Group (CGN), autre acteur majeur chinois du nucléaire, est propriétaire depuis 2012 de la mine Husab, également en Namibie. L’opération désormais engagée à Etango vient ainsi compléter cette série d’investissements. Selon les informations publiées, l’accord permettrait à la CNNC de participer aux dépenses d’investissement de la future mine au prorata de sa participation, tandis que Bannerman conserverait 52,25 % du capital, le solde étant détenu par l’organisation namibienne, One Economy Foundation.

Surtout, l’accord inclut une clause permettant à la CNNC d’acheter 60 % de la production d’Etango sur toute sa durée de vie. Une disposition stratégique au regard des ambitions chinoises en matière d’approvisionnement en uranium pour alimenter son parc de réacteurs nucléaires.

De l’uranium africain pour les réacteurs chinois

Dans le cadre de sa transition énergétique, la Chine mène depuis plusieurs années un programme ambitieux de développement de l’énergie nucléaire, perçue comme une source d’énergie plus propre et moins émettrice. Pékin prévoit ainsi d’augmenter sa capacité nucléaire de 60 GWe actuellement à 150 GWe d’ici 2035. Selon la World Nuclear Association (WNA), plus de 30 réacteurs, totalisant 35 GWe, sont déjà en construction afin de contribuer à cet objectif.

Ainsi, pour sécuriser l’approvisionnement futur en uranium de ses réacteurs, la Chine déploie une stratégie en trois volets : produire un tiers de l’uranium sur son territoire, en obtenir un tiers via des participations et coentreprises à l’étranger, et acheter le dernier tiers sur le marché libre.

Commentant le caractère stratégique du partenariat avec Bannerman, Feng Li, représentant de CNNC, n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le contexte chinois. « Dans un contexte de regain d’intérêt mondial pour l’énergie nucléaire et de développement rapide du secteur nucléaire chinois, le groupe CNNC, fournisseur majeur d’uranium naturel, apportera à cette coentreprise son prestigieux héritage et son expertise technique », a-t-il déclaré.

Quid de la suite ?

Pour l’heure, rien n’est encore acquis pour la Chine à Etango. La finalisation de la transaction reste en effet conditionnée à plusieurs autorisations réglementaires, notamment celle de la Commission namibienne de la concurrence. Les deux parties espèrent toutefois conclure l’opération d’ici la mi-2026, avant de passer à la décision finale d’investissement (FID). Avec Etango, Bannerman vise le développement d’une mine capable de produire 52,6 millions de livres d’uranium sur plus de 15 ans.

Pendant ce temps, la production se poursuit sur les mines Rössing et Husab, tandis qu’Azelik reste à l’arrêt depuis 2015 pour des raisons de rentabilité. Bien qu’un protocole d’accord ait été signé en 2023 entre l’État nigérien et la China Nuclear International Uranium Corporation (SinoU), filiale de la CNNC, en vue d’une reprise, aucune avancée concrète n’a encore été annoncée. Par ailleurs, malgré la forte présence chinoise, d’autres puissances suivent aussi de près les dynamiques du secteur en Afrique.

C’est le cas de la Russie, dont la société publique Rosatom a signé avec le Niger un mémorandum d’entente portant sur le nucléaire civil et l’exploitation de l’uranium en juillet 2025. Les États-Unis suivent une trajectoire similaire, cherchant à relancer leur secteur nucléaire civil. La société américaine NANO Nuclear Energy a ainsi conclu en juin 2025 un protocole d’accord avec la Namibie, présenté comme un jalon pour « alimenter l’avenir de l’énergie nucléaire aux États-Unis ».

Face à ces nombreuses convoitises, la capacité des États africains à défendre leurs intérêts nationaux reste à observer. Outre la Namibie et le Niger, le Malawi a renoué avec la production de combustible nucléaire grâce à la relance de la mine Kayelekera par la société australienne Lotus Resources, tandis que la Mauritanie entend rejoindre ce cercle avec le projet Tiris, actuellement en développement par Aura Energy.

AE

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