Dans son nouveau rapport publié jeudi 7 août, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP) révèle la faible exécution des crédits alloués aux secteurs sociaux prioritaires dans le budget 2025 au cours du premier trimestre de l’année 2025. Selon le rapport, la santé et l’éducation, pourtant essentielles, ont connu un faible taux d’exécution d’environ 17 %, ce qui révèle un écart entre les ressources prévues et celles réellement dépensées.
Les affaires économiques (incluant l’agriculture), bien que représentant le plus gros budget voté (9 372 MDS FC), n’ont vu que 4 % de ces crédits exécutés, et le secteur de la protection sociale ainsi que les affaires humanitaires affichent un taux de 21 %, même si les montants restent faibles (47,4 milliards FC, soit 16 millions USD).
Pour le professeur Florimond Muteba, dans une République digne de ce nom, un budget voté mais non exécuté est un droit bafoué. Cette situation, estime-t-il, fragilise les fondements sociaux de la République et affaiblit la légitimité des institutions publiques, en particulier dans les zones en conflit où l’État n’est souvent visible que par sa présence militaire.
“Elle interroge également la cohérence de la gouvernance budgétaire, tant au niveau central que provincial, et révèle des failles persistantes dans la chaîne d’exécution des dépenses publiques. Comme le stipule la Loi organique relative aux finances publiques (LOFIP), le vote d’un crédit budgétaire ne constitue pas une fin en soi. Il engage l’État à mobiliser effectivement les ressources, à les décaisser dans les délais, et à en rendre compte en toute transparence. Faute de quoi, le budget devient un instrument formel, sans impact réel sur les conditions de vie des citoyens,” souligne-t-il.
Face à ces constats, il recommande au gouvernement de recentrer la dépense publique sur les secteurs à fort impact social.
“Dans un contexte national dominé par les urgences humanitaires, les crises sanitaires et l’effondrement des filets sociaux, il est impératif que l’action budgétaire de l’État congolais reflète un engagement réel envers les droits fondamentaux de la population. La santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et la protection sociale ne peuvent plus être traitées comme de simples chapitres sectoriels : elles doivent constituer le cœur stratégique de la politique budgétaire,” a expliqué le professeur Florimond Muteba.
Le gouvernement devra hiérarchiser les engagements dans les Plans de Trésorerie, en garantissant que les décaissements prioritaires concernent les secteurs sociaux vitaux, avant les dépenses de prestige ou de fonctionnement administratif des institutions. Il doit également anticiper les besoins dans les zones en crise, notamment à l’Est du pays, où les services publics sont en ruine.
Selon l’étude de l’ODEP, une allocation d’urgence, flexible et contextualisée, doit être mobilisée en amont pour éviter les ruptures de soins, les abandons scolaires et la dégradation des conditions de vie. Il devra également déconcentrer et territorialiser les dépenses sociales, en renforçant les capacités financières des structures locales (zones de santé, écoles de base, centres d’encadrement communautaire).
L’ODEP recommande également l’amélioration de la chaîne d’exécution budgétaire. Selon lui, l’un des facteurs structurels limitant l’efficacité de l’action publique en RDC réside dans la lenteur et la complexité de la chaîne d’exécution budgétaire, marquée par des blocages administratifs, des retards chroniques dans les procédures de paiement et une centralisation excessive à Kinshasa. Cette situation freine la mise en œuvre des programmes sociaux, prive les services publics des moyens nécessaires à temps, et alimente le découragement des acteurs de terrain. Moderniser cette chaîne est donc une urgence technique et politique.