Trente-deux cas confirmés, 136 décès probables, six zones de santé touchées — et une souche virale pour laquelle la RDC ne dispose ni de vaccin ni de traitement curatif. C’est le tableau dressé ce mardi 19 mai lors d’un briefing presse d’urgence organisé au Studio Maman Angebi de la RTNC, en marge d’une réunion de crise tenue avec le chef de l’État.
Face aux journalistes, quatre figures de premier plan : le ministre de la Santé publique, Dr Roger Samuel Kamba Mulamba ; le virologue et directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), Dr Jean-Jacques Muyembe Tamfum ; le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe ; ainsi que le Dr Jean Kasseya, directeur général d’Africa CDC, en séjour à Kinshasa.
Le porte-parole du gouvernement a souligné la dimension interministérielle de la crise.
« Cette question est transversale parce qu’elle implique d’autres ministères au-delà du ministère de la Santé. C’est pour cela que, lors de la réunion d’hier, les ministres de la Défense, des Transports, de l’Intérieur et des Finances se sont associés afin d’examiner tous les aspects de la situation », a-t-il précisé.
Situation épidémiologique : six zones affectées, 69 patients en traitement
À ce jour, quatre zones de santé sont touchées en Ituri — Mungwalu, épicentre de l’épidémie, Bunia, Rwampara et Nyakunde — auxquelles s’ajoutent Butembo et Goma, où un cas a déjà été enregistré. Sur les échantillons analysés à l’INRB, 32 cas ont été confirmés positifs. On dénombre par ailleurs 69 patients actuellement pris en charge dans les centres de traitement, et environ 543 cas probables recensés dans les communautés.
Concernant les décès, le Dr Muyembe a apporté une précision importante : « Nous menons une recherche active dans les communautés afin de déterminer les circonstances des décès signalés dans les familles. À ce jour, nous comptons 136 décès probables liés à Ebola. » La majorité des victimes seraient décédées au sein de leur communauté, avant toute prise en charge médicale.

Bundibugyo : une souche moins spectaculaire, mais sans parade thérapeutique
Le séquençage génomique a confirmé qu’il s’agit de la souche Bundibugyo, génétiquement distincte des épidémies précédentes. Ses caractéristiques cliniques la différencient nettement d’Ebola-Zaïre : tableau initial peu spécifique, ressemblant à un paludisme ou à une infection courante, hémorragies tardives et taux de létalité avoisinant 40 %, contre plus de 80 % pour la souche Zaïre.
« Malheureusement, nous ne disposons ni de vaccin ni de traitement curatif. Mais dans les prochains jours, nous allons mettre en place des candidats vaccins et des molécules thérapeutiques afin de trouver une solution pour traiter les malades atteints d’Ebola-Bundibugyo », a déclaré le Dr Muyembe.
Sur le plan opérationnel, le ministre Roger Kamba a annoncé l’acheminement en urgence de 14 tonnes d’équipements de protection sur le tarmac de l’aéroport de Bunia, avec l’appui de l’UNICEF. Le laboratoire de Bunia a également été renforcé pour accélérer le diagnostic des cas suspects.
La stratégie de riposte repose sur les piliers éprouvés lors des précédentes épidémies : isolement rapide des malades, protection du personnel soignant, rupture de la chaîne de transmission, enterrements sécurisés et traitements palliatifs pour les cas fébriles. Les autorités rappellent que sur les 17 épidémies d’Ebola enregistrées en RDC, 15 ont été maîtrisées sans recours aux vaccins ni aux antiviraux spécifiques.
Prince OKENDE