Le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a dressé lundi un bilan chiffré de l’assainissement des effectifs de l’État congolais, lors d’un briefing de presse organisé conjointement avec le ministre de la Communication, Patrick Muyaya.
Les données présentées révèlent l’ampleur des déséquilibres hérités — et les contours encore fragiles d’une réforme qui n’a pas fini de faire des vagues.
À leur prise de fonctions, les autorités actuelles ont hérité d’un fichier faisant état de 1 425 080 fonctionnaires du régime général — enseignants, militaires, policiers et magistrats non compris. Entre 2018 et 2019, plus d’un million de recrutements avaient été effectués sans gestion prévisionnelle des effectifs ni programmation budgétaire adéquate. Ces agents constituent aujourd’hui le gros des revendications de mécanisation qui empoisonnent le dialogue social avec l’État.
« À notre arrivée aux responsabilités, on nous a présenté le chiffre de 1 425 080 fonctionnaires déclarés dans le régime général. Après un premier travail de vérification et de certification des données administratives, les effectifs ont été ramenés à environ 795 000 agents identifiés, avant d’atteindre 677 630 agents certifiés réguliers à l’issue du processus d’assainissement et d’identification biométrique mené sur l’ensemble du territoire national », a déclaré Jean-Pierre Lihau.
Parallèlement, environ 17 500 agents publics ont été mis à la retraite depuis 2022, tandis que 314 000 autres sont en voie de l’être — un flux de sorties massif qui soulève, en creux, la question des capacités de financement des pensions.
La rémunération au mérite, horizon 2027
Sur le plan salarial, le vice-Premier ministre a indiqué que la rémunération moyenne mensuelle de l’agent public congolais a été multipliée par quatre depuis l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi. Pour le seul personnel du régime général, la progression est de l’ordre de trois fois entre 2019 et 2026. Des chiffres présentés comme une avancée, mais qui masquent des disparités persistantes entre administrations centrales et provinciales — un déséquilibre que Kinshasa reconnaît sans encore en avoir résolu l’équation.
À partir de 2027, une nouvelle politique salariale conditionnera la rémunération au travail effectivement presté. « Nous n’allons plus rémunérer les numéros matricules. Nous allons rémunérer le travail accompli », a prévenu Lihau — une déclaration qui sonne comme un avertissement autant que comme un engagement, dans un système où coexistent depuis des années agents fantômes et agents sous-payés qui, eux, travaillent.
La réforme est engagée. Reste à en mesurer la robustesse à l’épreuve de l’exécution budgétaire et des résistances internes — deux variables que les chiffres présentés lundi ne disent pas encore.
DosEco