Le Président des États-Unis Donald Trump a promulgué le 19 mai 2026 une proclamation présidentielle mettant en œuvre les dispositions commerciales de la loi de finances consolidée de 2026 (Public Law 119-75), qui prolonge l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2026. Le texte rétablit, pour une période transitoire de sept mois, les privilèges commerciaux dont bénéficient les pays d’Afrique subsaharienne éligibles pour exporter vers le marché américain en franchise de droits de douane.
Adopté en 2000 et étendu à plusieurs reprises, le programme avait officiellement expiré le 30 septembre 2025, laissant dans l’incertitude les opérateurs économiques d’une trentaine de pays africains, notamment dans les filières textile-habillement, agroalimentaire, minière et automobile. La nouvelle proclamation reconduit également deux dispositifs clés du régime préférentiel : le programme régional sur les articles d’habillement et le programme relatif aux tissus en provenance de pays tiers (third-country fabric provision), qui permet aux exportateurs africains d’utiliser des intrants textiles non originaires tout en conservant le traitement préférentiel. Les deux mécanismes sont prorogés jusqu’au 31 décembre 2026.
La RDC, grande bénéficiaire silencieuse de la reconduction
Si le texte ne nomme pas explicitement la République démocratique du Congo, Kinshasa figure parmi les premiers bénéficiaires de cette prolongation. Réintégrée à l’AGOA en décembre 2020 par la première administration Trump après dix ans d’exclusion, la RDC a vu son éligibilité confirmée pour 2025 par l’ambassadrice américaine Lucy Tamlyn, qui a remis le 11 février 2025 la décision officielle au ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya.
Le timing de la reconduction est d’autant plus stratégique que les exportations congolaises vers les États-Unis ont littéralement explosé en 2025 : 1,3 milliard de dollars sur les sept premiers mois — dépassant le cumul des huit années précédentes — et un total annuel approchant les 2 milliards de dollars pour un excédent commercial estimé à 1,6 milliard. Kinshasa, qui a adopté en juillet 2024 une stratégie nationale ambitionnant de porter ses échanges avec Washington à 3 voire 5 milliards de dollars à l’horizon 2030, s’appuie sur 26 filières prioritaires, dont 21 non minières (café, cacao, huile de palme, ananas) et cinq minières (cuivre, cobalt, or, diamants et les « 3T » : cassitérite, wolframite, coltan).
Le pays devait également accueillir le Forum AGOA 2025, finalement non tenu comme prévu, en raison notamment de la dégradation sécuritaire dans l’est du pays.
Le Gabon réintégré, Haïti maintenu
Volet politique notable de la proclamation : le Gabon recouvre sa qualité de pays bénéficiaire d’Afrique subsaharienne avec effet au 1er janvier 2026. Libreville en avait été exclu par la proclamation 10692 du 29 décembre 2023, l’administration américaine ayant alors estimé que le pays ne progressait plus dans le respect des critères d’éligibilité fixés par la section 104 de l’AGOA et la section 502 du Trade Act de 1974, à la suite du coup d’État du 30 août 2023. Donald Trump indique avoir constaté, « sur la base des mesures prises par le gouvernement gabonais », que le pays satisfait désormais aux critères requis.
La proclamation prolonge par ailleurs jusqu’à la même échéance le traitement préférentiel accordé à Haïti dans le cadre du Caribbean Basin Economic Recovery Act (CBERA) et de son programme HOPE/HELP, en ajustant les plafonds applicables au Economic Lift Program haïtien, désormais portés à 1,25 % de l’équivalent en mètres carrés des importations américaines d’articles d’habillement sur les douze derniers mois.
Un sursis plutôt qu’une refondation
Si la proclamation rassure à court terme les exportateurs africains, elle ne tranche pas la question du renouvellement de fond de l’AGOA, dont la prochaine échéance est désormais fixée à la fin de l’année 2026. Les principales économies bénéficiaires — RDC, Afrique du Sud, Kenya, Madagascar, Lesotho, Maurice, Ghana, Côte d’Ivoire — restent suspendues aux arbitrages du Congrès américain et de l’administration Trump, qui a entrepris depuis janvier 2025 une révision en profondeur de la politique commerciale des États-Unis, marquée par une montée en puissance des droits de douane réciproques.
Pour Kinshasa, ce sursis de sept mois constitue une fenêtre d’opportunité décisive pour consolider la dynamique exceptionnelle de 2025 et préparer son positionnement dans l’hypothèse d’une reconduction à plus long terme du dispositif.
DEL