L’entrée en vigueur du deuxième palier du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) en République démocratique du Congo commence à générer des frictions sociales dans le secteur minier. Depuis le 3 mai 2026, des mouvements de revendication sont signalés au sein de Metalkol SA, filiale du groupe Eurasian Resources Group (ERG), et de Ruashi Mining, co-détenue par Metorex et la Gécamines.
Selon Radio Okapi, les contestations sont particulièrement visibles sur les sites de Kolwezi et de Lubumbashi. Les travailleurs réclament l’alignement de leurs rémunérations sur la nouvelle grille fixée à 21 500 francs congolais (FC), tout en dénonçant des inégalités de traitement entre personnel local et expatrié, des pratiques contestées en matière de licenciements et des restrictions à la représentation syndicale.
Un litige sur le taux de change
Un point de friction spécifique cristallise les tensions chez Metalkol. Des représentants du personnel accusent l’entreprise de vouloir appliquer un taux de conversion de 1 800 FC pour un dollar, sensiblement inférieur au taux de marché, qui avoisine 2 200 FC. Une telle pratique réduirait mécaniquement le revenu réel des travailleurs, dont les salaires sont libellés en monnaie locale mais indexés sur des références en devises.
Institué par le décret n° 25/22 du 30 mai 2025, le nouveau SMIG prévoit une revalorisation progressive du salaire minimum, porté de 7 075 FC à 14 500 FC en mai 2025, puis à 21 500 FC à compter de janvier 2026, soit une augmentation cumulée de plus de 200 %. Le dispositif maintient par ailleurs une tension salariale de 1 à 10, entraînant un réajustement automatique de l’ensemble des grilles de rémunération.
Selon la Fédération des entreprises du Congo (FEC), le premier palier a déjà provoqué un quasi-doublement de la masse salariale dans plusieurs secteurs. Un cadre intermédiaire précédemment rémunéré à environ 70 500 FC par jour percevrait désormais près de 145 000 FC, soit environ 1 800 dollars par mois hors avantages — un niveau susceptible de dépasser 2 000 dollars avec les indemnités. Si le deuxième palier est pleinement appliqué, cette même catégorie pourrait atteindre plus de 2 500 dollars mensuels.
La FEC alerte sur la compétitivité
L’organisation patronale juge ce niveau « insoutenable pour l’économie congolaise » et met en garde contre les effets d’une application uniforme du SMIG à tous les secteurs d’activité. Elle estime qu’une telle mesure reviendrait à « condamner l’agriculture et la foresterie, déjà sinistrées », et plaide pour une mise en œuvre progressive et différenciée, incluant la création d’un salaire minimum agricole (SMAG) distinct.
Le gouvernement maintient néanmoins sa position. En janvier 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka avait réaffirmé la nécessité d’appliquer le SMIG révisé, tout en appelant au dialogue social dans le cadre du Conseil national du travail.
Les tensions enregistrées chez Metalkol et Ruashi Mining mettent en lumière un arbitrage structurel auquel est confrontée l’économie congolaise : concilier l’impératif de revalorisation du pouvoir d’achat avec la soutenabilité des coûts salariaux pour les entreprises. La capacité des grands groupes miniers — généralement mieux capitalisés que les autres segments de l’économie — à absorber cette hausse constituera un indicateur de référence pour l’ensemble des autres secteurs.
AE