En marge de la visite de l’Émir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, à Kinshasa (République démocratique du Congo), le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a accordé, le mardi 18 novembre 2025, une interview au média qatari Qatar News Agency. Au cours de cet entretien, il a souligné que la visite de l’Émir revêt une importance particulière sur le plan économique, notamment après la signature, début septembre 2025, d’une série de lettres d’intention avec la société d’investissement qatarie Al Mansour Holding, portant sur un portefeuille de 21 milliards de dollars américains.
Dans la foulée, ce membre du gouvernement a également affirmé qu’en vingt ans, la production de cuivre est passée de moins de 200 000 tonnes à plus de 3 millions, faisant de la RDC le deuxième producteur mondial.
Ci-dessous, l’intégralité de son interview :
Q/ Quelle est l’importance de la visite de Son Altesse l’Émir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani en République démocratique du Congo ? Quels en seront les principaux volets économiques abordés ?
Daniel Mukoko Samba : La prochaine visite de Son Altesse l’Émir revêt une importance particulière. Il faut rappeler que, le 15 novembre dernier, un accord majeur a été signé entre le Gouvernement et le groupe rebelle M23, accord qui ouvre la voie au rétablissement de la paix dans la partie Est du pays. L’Émir du Qatar y a joué un rôle important. Sur le plan économique, la signature, début septembre, de plusieurs lettres d’intention avec Al Mansour Holding pour un investissement global de 21 milliards USD constitue également un tournant. Nous pensons donc que la prochaine visite de Son Altesse l’Émir va donner le ton pour que ce projet puisse se réaliser dans les meilleurs délais possibles.
Ci-dessous, l’intégralité de son interview :
Q/ Comment évaluez-vous le niveau actuel des relations économiques entre les deux pays ? Quels secteurs vous paraissent offrir les opportunités de coopération les plus prometteuses entre Kinshasa et Doha dans la période à venir ?
D.M.S : Il faut reconnaître que le niveau des relations commerciales est très faible et n’est pas à la hauteur de la qualité des relations diplomatiques entre nos deux pays. Il est donc nécessaire d’aligner la dynamique économique sur la qualité des liens politiques. Le volume d’investissement annoncé en septembre devrait permettre d’accélérer des projets essentiels, notamment dans les infrastructures, les ports, les aéroports, l’énergie et la logistique. La RDC est un pays au potentiel immense, non seulement en raison de ses ressources naturelles, mais aussi de ses ressources humaines. Ce potentiel est cependant freiné par un déficit important en infrastructures. Pour un pays quasi enclavé, il est important de renforcer son intégration régionale. La RDC compte au moins sept corridors de transport, qui devraient faire de cette partie de l’Afrique un véritable marché intégré autour de la RDC, le pays le plus peuplé et le plus vaste de la région. Des investissements massifs dans les infrastructures permettront de débloquer ce potentiel.
Q/ Le Qatar dispose d’une vaste expérience mondiale dans la gestion des fonds souverains à travers l’Autorité d’investissement du Qatar. Existe-t-il des discussions ou des accords visant à renforcer la coopération dans ce domaine et à attirer des capitaux qataris vers le marché congolais ?
D.M.S : À ma connaissance, il n’existe pas encore de discussions formelles dans ce domaine. Toutefois, la RDC tirerait un grand bénéfice de l’expérience qatarie. Nous disposons d’un fonds minier alimenté par le Code minier, mais envisageons la création d’un véritable fonds souverain. Ce domaine reste nouveau pour nous, et un accompagnement du Qatar serait particulièrement utile compte tenu de l’importance du portefeuille géré par son Autorité d’investissement.
Q/ Votre gouvernement s’emploie à améliorer le climat des affaires et à encourager les investisseurs étrangers. De nouvelles incitations ou facilités sont-elles envisagées pour faire de la République démocratique du Congo une destination privilégiée pour les investisseurs qataris ?
D.M.S : Il faut lever une illusion : le cadre légal congolais est déjà très attractif. Le Code des investissements (2002), la loi sur les partenariats public-privé, la libéralisation des secteurs de l’électricité, de l’eau et des assurances, ainsi que la réforme en cours de la loi agricole, témoignent de cette volonté. Le problème n’est donc pas juridique, mais tient souvent au narratif négatif associé à la RDC. Pourtant, des secteurs comme le minier prouvent que les investisseurs étrangers peuvent prospérer ici : en vingt ans, la production de cuivre est passée de moins de 200 000 tonnes à plus de 3 millions, faisant de la RDC le deuxième producteur mondial. Nous devons poursuivre nos efforts d’amélioration administrative et réglementaire, et nous réviserons prochainement le Code des investissements et le dispositif encadrant le partenariat public-privé (PPP).
Q/ L’intégration économique régionale prend une importance croissante en Afrique. Comment un partenariat avec le Qatar peut-il appuyer les efforts de la République démocratique du Congo dans cette direction, notamment en matière d’infrastructures, de financement et de technologies ?
D.M.S : La RDC, malgré sa sortie étroite sur l’océan Atlantique, est un pays immense dont certaines provinces, notamment de l’Est, sont assez éloignées des grands axes. Pourtant, la région des Grands Lacs présente d’importants intérêts économiques communs. Un pays comme le Qatar, avec sa capacité d’investissement, gagnerait à soutenir des projets favorisant l’intégration régionale plutôt que des initiatives isolées. Les investissements seraient plus rentables s’ils s’inscrivaient dans un espace économique intégré incluant la RDC, pays au potentiel le plus élevé de la région.
Q/ Enfin, Votre Excellence, comment percevez-vous l’avenir de la coopération économique entre les deux pays après cette visite ? Et quel message souhaitez-vous adresser aux hommes d’affaires qataris au sujet des opportunités d’investissement en République démocratique du Congo ?
D.M.S : Je vais peut-être commencer par la dernière partie de votre question : que voient les investisseurs qataris lorsqu’ils visitent la RDC ? Se limitent-ils à Kinshasa, Lubumbashi ou Goma ? Pour comprendre ce pays, il faut l’explorer. Il faut aller au cœur du Congo, dans des régions comme le Sankuru, découvrir des provinces encore enclavées, mesurer le potentiel du fleuve Congo comme axe majeur de transport, reconnaître l’importance stratégique de villes comme Kisangani. Se focaliser uniquement sur les grandes villes ne permet pas de saisir l’ampleur des opportunités économiques. La RDC est un pays vaste, dynamique, et ses défis constituent autant d’occasions d’investissement.