Le Fonds de développement du service universel (FDSU) a dévoilé la semaine dernière une stratégie décennale visant à réduire cette fracture. Couvrant la période 2026-2035, cette feuille de route mise sur une approche mutualisée pour déployer les infrastructures et connecter près de 68 millions de personnes vivant en zones rurales.
La stratégie a été présentée le jeudi 12 février, à l’occasion de la première rencontre du cadre de collaboration sectorielle. Celle-ci a réuni les principaux acteurs publics et privés des télécommunications, sous la conduite du directeur général du FDSU, Paterne Binene A Kadiat.
La feuille de route prévoit un modèle d’infrastructures mutualisées, baptisé « TowerCo Lead ». Les fournisseurs de tours (TowerCo), principaux acteurs, financent et déploient les infrastructures passives (tours, énergie, backhaul) en accès ouvert. Les opérateurs mobiles (MNO) installent les équipements actifs sur ces tours afin de fournir leurs services. L’Autorité de régulation des postes et des télécommunications (ARPTC) assure la régulation, en veillant à la qualité de service et au respect du cadre normatif.
De son côté, le FDSU assume un rôle stratégique et financier : il structure les mécanismes de subvention et en supervise l’exécution. Les aides sont attribuées, par zone d’exploitation, aux consortiums formés entre TowerCo et MNO. Le territoire est réparti en cinq zones opérationnelles. Un mécanisme de péréquation est instauré afin que les sites rentables contribuent à l’équilibre économique des zones déficitaires, limitant ainsi le recours aux subventions publiques.
Cette initiative intervient dans un contexte où le partage d’infrastructures télécoms est de plus en plus plébiscité pour réduire la fracture numérique en Afrique. En RDC, Orange et Vodacom avaient annoncé la création d’une coentreprise visant à déployer 2 000 stations de base mobiles alimentées à l’énergie solaire dans les zones rurales, ciblant à terme une couverture de 19 millions de personnes. En août 2025, les groupes Vodacom et Airtel Africa ont également annoncé la signature d’un accord de mutualisation des infrastructures télécoms sur plusieurs marchés clés, dont la RDC.
Selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), « le partage des infrastructures de services mobiles est une solution qui permet de faire baisser le coût de mise en service des réseaux, en particulier dans les zones rurales ou sur les marchés marginaux. Ce partage peut également encourager la migration vers de nouvelles technologies et le déploiement du haut débit mobile. Il peut en outre renforcer la concurrence entre opérateurs de services mobiles et fournisseurs de services, lorsque des mesures de sauvegarde sont utilisées pour empêcher les comportements anticoncurrentiels ».
Pour rappel, les réseaux 2G, 3G et 4G couvraient respectivement 75 %, 55 % et 45 % de la population congolaise en 2024, selon les données de l’UIT. L’organisation estimait le taux de pénétration de la téléphonie mobile à 44,3 %, contre 19,7 % pour l’Internet. À fin septembre 2025, le régulateur congolais indiquait un taux de pénétration de la téléphonie mobile de 65,3 %, contre 32,2 % pour l’Internet mobile sur 112,2 millions d’habitants. Par ailleurs, la GSMA estimait à 40 millions le nombre de personnes non connectées à l’Internet mobile en RDC en 2023.