Le Vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, a suspendu vendredi 20 février, le directeur général ad intérim de la Société de transport au Congo (Transco), Sylvestre Bilambo Likwey, à la suite des conclusions d’une réunion extraordinaire du Conseil d’administration.
A en croire le procès-verbal des assises tenues le 9 février, le Conseil d’administration évoque notamment un « déséquilibre financier chronique », un « endettement croissant », une « surestimation du nombre de bus » ainsi qu’une gestion jugée déficiente des agences provinciales.
Prévue pour une durée de trois mois, la mesure est qualifiée de conservatoire, en attendant l’aboutissement des enquêtes en cours et d’éventuelles procédures. La directrice générale adjointe, Solange Kabedi Odra, assurera l’intérim et exercera l’ensemble des prérogatives liées à la fonction. Le Conseil d’administration indique avoir officiellement retiré sa confiance au DG intérimaire, qu’il accuse de « faute lourde de gestion ».
Il lui est désormais interdit d’engager l’entreprise auprès des banques locales. Le document fait également état d’une gestion « calamiteuse » imputée au DG a.i. et à son adjointe, citant des impayés, un déficit de leadership et des irrégularités financières jugées préoccupantes.
Parmi les griefs soulevés figurent des interrogations sur l’utilisation de 200 000 dollars américains hérités de l’ancien comité de gestion et destinés à l’achat de pneus et de batteries. Le Conseil mentionne aussi plus d’un milliard de francs congolais prélevés sur l’enveloppe de l’intervention économique et sociale pour l’acquisition de pièces de rechange. Selon le procès-verbal, les explications fournies par Sylvestre Bilambo n’auraient pas été jugées satisfaisantes.
Le Conseil relève en outre :
-Un déséquilibre financier chronique : un déficit de 5,8 milliards de francs congolais aurait été enregistré en juillet 2025, attribué à des dépenses insuffisamment justifiées et incomplètement documentées. La Direction financière est également mise en cause.
-Un endettement croissant : l’établissement afficherait un déficit cumulé supérieur à 13 milliards de francs congolais, conséquence d’un recours systématique aux découverts bancaires sans plan crédible de redressement.
-Une surestimation du parc opérationnel : alors que la Direction générale annonçait environ 250 bus en circulation, les constats de terrain indiqueraient que moins de 100 bus seraient effectivement opérationnels à Kinshasa.
-Une insuffisance d’autorité managériale : malgré des cas signalés d’obstruction à l’audit interne, aucune mesure disciplinaire n’aurait été engagée contre les agents concernés.
-Une gestion déficiente des agences provinciales, notamment à Tshikapa, marquée par une absence de traçabilité des recettes, des dépenses et des paiements de salaires. Le Conseil d’administration s’interroge également sur l’efficacité de l’utilisation des fonds alloués par le Gouvernement pour la maintenance.
Nonobstant la mobilisation de plus de 222 000 dollars américains et de plus d’un milliard de francs congolais, seuls quatre bus auraient été réhabilités, loin des plus de 70 unités annoncées par le DG a.i. dans une correspondance adressée à la tutelle.
En réaction, Sylvestre Bilambo Likwey a adressé une correspondance au vice-Premier ministre des Transports, qualifiant la décision d’irrégulière et dénonçant la posture du Conseil d’administration.


Prince OKENDE