Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a alerté ce lundi la République démocratique du Congo, encore très dépendante des importations, sur l’impact économique qui pourrait découler de la fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive aux escalades militaires au Moyen-Orient.
En effet, le détroit d’Ormuz est souvent qualifié de « poumon de l’économie mondiale », dans un contexte marqué par les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Dans sa tribune, Julien Paluku explique qu’une fermeture de ce verrou stratégique ne serait pas seulement un incident régional, mais un séisme systémique, a déclaré le ministre.
« Bien que la RDC soit géographiquement éloignée du golfe Persique, son économie est hyperdépendante des flux mondiaux. Une fermeture du détroit d’Ormuz provoquerait une onde de choc qui se traduirait par l’explosion du coût de la vie (inflation importée) et l’impact sur le secteur minier, qui consomme d’énormes quantités de carburant pour faire fonctionner les engins », a fait savoir Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur, dans une tribune de réflexion.
Selon lui, le détroit d’Ormuz est le point de passage maritime le plus important au monde pour le commerce de l’énergie. Environ 20 à 25 % de la consommation mondiale de pétrole (soit plus de 20 millions de barils par jour) et un tiers du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial y transitent.
« C’est ainsi qu’il est considéré comme l’unique voie de sortie pour les exportations massives de l’Arabie saoudite, de l’Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar. Plus de 75 % du pétrole transitant par le détroit est destiné aux marchés asiatiques (Chine, Japon, Inde, Corée du Sud), faisant d’Ormuz le cordon ombilical des usines du monde », explique-t-il.
S’agissant des risques majeurs pour le commerce mondial, le ministre a révélé qu’en cas de blocage total, le baril de Brent pourrait franchir la barre des 100 dollars américains en quelques jours. Cela entraînerait, a-t-il ajouté, une hausse brutale des prix et des coûts de transport, alimentant une inflation mondiale difficile à contenir pour les banques centrales.
Par ailleurs, même sans fermeture totale, le simple risque d’attaques de missiles et de drones ferait exploser les primes d’assurance maritime. Certains armateurs pourraient refuser de naviguer dans la zone, réduisant de fait l’offre de transport disponible, indique Julien Paluku.
Des perspectives pour la RDC afin de se prémunir sur les plans structurel et conjoncturel
Le ministre Julien Paluku dévoile quelques recommandations afin de permettre à l’économie nationale de prendre des précautions sur les plans structurel et conjoncturel, pour ne pas être affectée drastiquement.
« Sur le plan structurel, si la RDC ne peut pas empêcher la fermeture d’Ormuz, elle peut réduire sa vulnérabilité en transformant son pétrole sur place par la relance de la SOCIR (Société congolaise des industries de raffinage), en produisant sa propre nourriture (parcs agro-industriels) et en utilisant son immense potentiel hydroélectrique (Inga) », a-t-il recommandé.
Sur le plan conjoncturel, il est urgent pour le pays de procéder à la constitution et à la gestion de réserves stratégiques, en augmentant les capacités de stockage des Services des entreprises pétrolières (SEP-Congo) et de la Société nationale des hydrocarbures du Congo (SONAHYDROC). Aussi, la création de réserves stratégiques de denrées de base (maïs, riz) permettrait de stabiliser les prix sur le marché intérieur lorsque les coûts d’importation s’envolent.
Le ministre révèle enfin que la RDC, pour faire face à ce genre de chocs exogènes inévitables, a fait le choix de la diversification économique et des voies d’approvisionnement. Il martèle que si le détroit d’Ormuz est bloqué, le trafic mondial se déplacera massivement vers l’Atlantique, d’où l’importance stratégique du port en eau profonde de Banana et du corridor de Lobito, deux mégaprojets en phase de réalisation dans le pays.
Luinyx