Intervenant mercredi lors d’un panel sur l’alignement des investissements dans le secteur éducatif organisé par le ministère de l’Éducation nationale, la responsable de l’engagement pays pour la RDC au sein du Secrétariat du Partenariat Mondial pour l’Éducation (GPE), Jennifer Hofmann, a appelé le secteur privé congolais à dépasser la logique de la RSE ponctuelle pour s’engager comme partenaire stratégique à part entière dans la transformation du système éducatif national.
Cette actrice du système éducatif a élargi la conception que les entreprises ont traditionnellement de leur rôle dans l’éducation. De son avis, le secteur privé ne doit pas être perçu uniquement comme « un porte-monnaie supplémentaire », mais comme « un partenaire stratégique à part entière pour accompagner la transformation des systèmes éducatifs ».
Elle a distingué plusieurs niveaux d’engagement possibles : la RSE, souvent limitée à des actions ponctuelles telles que la construction d’écoles, la fourniture d’équipements ou l’octroi de bourses ; la philanthropie d’entreprise, plus structurée, avec une logique de résultats sur plusieurs années ; les investissements à impact, incluant les solutions EdTech et les offres de formation privée avec retour sur investissement ; et enfin le financement mixte, ou blended finance, combinant ressources publiques, privées et celles des bailleurs de fonds.
Des exemples africains comme leviers d’inspiration
Pour illustrer le potentiel de ces partenariats, Hofmann a cité plusieurs expériences africaines.
« Dans certains pays, par exemple, on a vu au Kenya la fondation Ecobank appuyer le secteur privé dans l’éducation. Le secteur privé a aussi appuyé le ministère de l’Éducation sur la communication envers les familles et les communautés à travers le pays pour favoriser l’éducation des filles », a-t-elle relevé. En Gambie, le GPE a facilité un partenariat entre le ministère de l’Éducation et Cisco, géant mondial des technologies de réseau, pour améliorer la collecte et l’analyse des données éducatives.
Une opportunité à saisir en RDC
Hofmann a identifié une fenêtre d’opportunité concrète pour la RDC : l’élaboration prochaine de la stratégie sectorielle de l’éducation-formation.
« C’est une opportunité de présenter les priorités et d’engager un dialogue structuré », a-t-elle souligné, appelant à la création d’alliances du secteur privé pour l’éducation, capables de dialoguer de manière coordonnée avec le ministère de l’Éducation nationale.
Sur la question de savoir qui doit faire le premier pas, sa réponse a été sans détour : « Je pense qu’il faut arrêter de se regarder et créer le dialogue. »
Le mécanisme de financement à effet multiplicateur du GPE
Sur le plan des instruments financiers disponibles, Hofmann a présenté le mécanisme de matching fund du GPE, dit « financement à effet multiplicateur ». Ce dispositif permet au Partenariat d’abonder à hauteur d’un dollar pour chaque dollar de financement mobilisé au niveau national, notamment par le secteur privé. Déjà effectif dans 52 pays, ce mécanisme a permis au GPE de mettre à disposition 1,2 milliard de dollars au niveau mondial, générant en retour 4,7 milliards de dollars de financements levés.
Pour la RDC, l’enjeu est désormais de cartographier les opportunités existantes, d’identifier les axes d’intervention prioritaires des entreprises et de structurer un dialogue efficace entre l’État et le secteur privé — en alignement avec les priorités nationales de la future stratégie sectorielle.
DosEco