Sept mois après le déclenchement de la politique d’appréciation du franc congolais, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a fait une radioscopie de la situation économique du pays lors d’un briefing de presse coorganisé avec le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, le mardi 28 avril 2026 à la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC).
Devant les professionnels des médias, le gouverneur a laissé entendre que la situation économique de la République démocratique du Congo est bonne.
« Nous avons une croissance soutenue de 5,8 % pour 2025 et nous projetons l’année 2026 à 6,2 %. Nous avons une inflation maîtrisée. Le taux d’inflation annuel s’établit à 2,36 %. Nous disposons de réserves internationales conséquentes : 7,7 milliards de dollars. Si l’on observe la courbe de confiance des opérateurs économiques, elle est en hausse mois après mois. Cela se traduit également par une accélération des dépôts au niveau des banques commerciales », a déclaré André Wameso.
L’appréciation du franc, un gain concret pour les ménages
Le gouverneur de la BCC a illustré l’impact de cette politique sur le pouvoir d’achat des ménages par un exemple précis : « Pour un couple qui gagnait 2 000 000 FC avant l’appréciation et qui devait payer un loyer libellé à 200 dollars, il débourse désormais, pour le même loyer, l’équivalent de 460 000 FC au lieu de 570 000 FC. Cela permet à ce ménage de dégager plus de 100 000 FC de revenu supplémentaire, ce qui est assez considérable, car cela représente 15 % de son revenu », a-t-il expliqué.
Sur le front du carburant, André Wameso a également mis en relief l’effet amortisseur de la monnaie nationale : « Avec le prix du carburant à la pompe, malgré les crises internationales, n’eût été l’appréciation du franc congolais, le prix d’un litre d’essence aurait dépassé 3 000 FC. »
Un appel à l’appropriation de la monnaie nationale
Au-delà du bilan, le gouverneur a formulé un appel explicite à la dédollarisation des comportements économiques.
« La stratégie consiste à montrer à notre population qu’il y a plus de bénéfices à travailler en francs qu’en dollars. Aujourd’hui, ceux qui continuent à effectuer leurs dépenses en dollars constatent une hausse des prix, tandis que ceux qui dépensent en francs congolais en tirent un avantage », a-t-il soutenu, ajoutant que l’épargne en francs congolais offre un meilleur rendement que celle en dollars.

Les finances publiques : pertes sur recettes, gains sur dépenses
Sur le plan budgétaire, Wameso a fourni des données chiffrées relatives au premier trimestre 2026.
« Sur les trois premiers mois de l’année 2026, l’État congolais a engrangé l’équivalent de 1,91 milliard de dollars. Dans ce contexte, la baisse des recettes s’est établie à 659,4 milliards de francs congolais. Les dépenses ont atteint exactement 1,450 milliard de francs congolais au cours des derniers mois », a-t-il précisé. En intégrant l’économie réalisée sur les dépenses publiques libellées en devises, le solde budgétaire net de l’opération ressort à 217 milliards de CDF en faveur du Trésor public.

La coordination Gouvernement–BCC réaffirmée
En marge des annonces du gouverneur, le ministre Patrick Muyaya a tenu à dissiper les spéculations sur d’éventuelles tensions institutionnelles : « Il faut cesser de croire qu’il y a des nuages dans la collaboration entre le Gouvernement et la Banque centrale du Congo, car nous sommes tous au service du peuple congolais », a-t-il déclaré.
Pour 2026, la BCC affiche une ambition de consolidation. Reste à savoir si les équilibres obtenus résisteront aux chocs extérieurs — volatilité des matières premières, raffermissement du dollar, tensions géopolitiques — dans une économie encore structurellement dépendante des recettes minières en devises.
DEL