Sur un plan de riposte contre l’épidémie d’Ebola Bundibugyo chiffré à 319 millions de dollars, plus de 300 millions ont déjà été mobilisés auprès des partenaires internationaux, dont 20 millions décaissés par le gouvernement congolais.
C’est ce qu’a annoncé le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, lors d’un briefing tenu à la Radio Télévision nationale congolaise, le mardi 27 mai 2026, organisé conjointement avec son homologue de la Communication, Patrick Muyaya.
Le plan de riposte, initialement estimé par les autorités sanitaires congolaises à 240 millions de dollars, a été révisé à la hausse après validation conjointe avec l’OMS, Africa CDC et le CDC d’Atlanta. Il a également été soumis à concertation régionale en Ouganda et au Soudan du Sud, deux pays frontaliers également touchés.
« Nous avons un plan. Le plan, nous l’avons conçu ici. Nous sommes partis en Ouganda pour discuter avec nos collègues ougandais, parce qu’il y a des cas en Ouganda. Et nous avons discuté aussi avec nos collègues du Soudan du Sud, parce que c’est frontalier. Nous avons revalidé le plan ensemble. Donc le plan que nous sommes en train de déployer, c’est un plan que nous avons amené au niveau régional. Ce plan-là, nous l’avons estimé à 319 millions de dollars. Nous, on l’avait estimé à 240 millions. Et quand tous les partenaires se sont mobilisés — OMS, Africa CDC, Atlanta —, nous avons tous retravaillé, on est monté à 319 millions. Sur les 319 millions, les engagements sont déjà de plus de 300 millions. […] Dans ces 300 millions, l’État congolais a déjà sorti 20 millions », a précisé le ministre Kamba.
Une épidémie en phase de croissance dans trois provinces
Au plan épidémiologique, la situation demeure préoccupante. Onze jours après la déclaration officielle de l’épidémie, les données arrêtées au 25 mai 2026 font état de 101 cas confirmés, 220 décès probables et 17 décès confirmés. Quelque 3 600 personnes-contacts sont suivies sans symptômes, tandis que 230 personnes isolées bénéficient d’une prise en charge médicale. Sur près de 1 000 cas symptomatiques identifiés, le taux de positivité des tests oscille entre 30 et 35 %. « Nous sommes encore dans une phase de croissance », a déclaré le ministre, évoquant une progression simultanée du nombre de cas, de malades et de décès.

Trois provinces de l’est du pays sont touchées : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pour un total de onze zones de santé. L’Ituri demeure l’épicentre avec sept zones affectées sur les trente-six que compte la province, dont Aru, Bunia, Kilo, Mongbwalu, Nizi, Nyankunde et Rwampara. Le Nord-Kivu enregistre trois zones touchées — Butembo, Goma et Katwa — et le Sud-Kivu une seule, Miti-Murhesa. « Nous avons des alertes dans d’autres provinces, mais aucun cas n’a été confirmé en dehors de ces trois provinces », a précisé Roger Kamba.
Bundibugyo : une souche sans vaccin ni traitement spécifique
La souche Bundibugyo se distingue cliniquement de la souche Zaïre par une progression plus insidieuse. Elle débute par des symptômes proches du paludisme — fièvre, vomissements, diarrhée — avant que les hémorragies n’apparaissent tardivement, voire pas du tout. Cette discrétion clinique complique la détection précoce et alimente la chaîne de contamination.
« Bundibugyo est plus discret. Il commence comme la malaria — fièvre, vomissement, diarrhée — et c’est tardivement que vous voyez arriver les hémorragies », a expliqué le ministre.
Contrairement à la souche Zaïre, pour laquelle des vaccins ont été développés, la souche Bundibugyo ne dispose actuellement d’aucun vaccin homologué. Les antiviraux administrés aux patients ne sont pas spécifiques au virus.
Une avancée thérapeutique est toutefois annoncée : une molécule à base d’anticorps monoclonaux, développée par des chercheurs américains et ayant démontré son efficacité sur trois variantes d’Ebola — Zaïre, Soudan et Bundibugyo —, sera prochainement disponible pour un essai clinique en RDC.
Les autorités sanitaires congolaises, seule source officielle des données
Le ministre Kamba a par ailleurs insisté sur la nécessité de se référer exclusivement aux données produites par le ministère de la Santé, dans un contexte où des chiffres divergents circulent sur les plateformes internationales. « La seule autorité qui peut donner les chiffres, c’est le ministère de la Santé. Africa CDC et l’OMS n’ont pas d’agents sur place. Ce sont les médecins congolais qui travaillent et qui donnent les chiffres », a-t-il affirmé.
Il convient de rappeler que la souche Bundibugyo, à l’origine de cette 17ᵉ épidémie officiellement déclarée, est génétiquement distincte de celles des précédentes épidémies de 2007 et 2012. Elle est issue directement d’un réservoir animal, selon le directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), le Dr Jean-Jacques Muyembe. La première épidémie d’Ebola en RDC remonte à 1976, avec 318 cas et 280 décès. L’épidémie Zaïre de 2018-2020, dans la même région de l’est, avait fait quelque 2 200 morts.
DEL