Les restrictions aux voyageurs imposées par certains pays face à l’épidémie d’Ebola en RDC sont contre-productives, manquent des leur cible et sont susceptibles de nuire à la transparence internationale. C’est le message que le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus a délivré à l’issue de son audience avec la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, vendredi à la Primature.
« Beaucoup d’études ont montré que la fermeture des frontières peut ralentir la propagation pendant quelques jours ou quelques semaines, mais elle ne permet pas de contenir l’épidémie. La meilleure stratégie est de soutenir la lutte à l’épicentre », a-t-il affirmé.

Au-delà de leur inefficacité épidémiologique, ces mesures soulèvent une autre préoccupation : elles pourraient inciter les pays touchés à dissimuler leurs données sanitaires pour éviter d’être stigmatisés, affaiblissant ainsi la coopération internationale au moment où elle est la plus nécessaire. Tedros Adhanom Ghebreyesus a rappelé que la transparence des gouvernements constitue un pilier fondamental de toute riposte épidémique efficace.
L’épidémie en cours, déclarée le 15 mai dans la province de l’Ituri, est liée à la souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda. L’absence de vaccin et de traitement homologués contre ce variant suscite des inquiétudes légitimes. Le DG de l’OMS a expliqué que le faible nombre de cas recensés lors des précédentes flambées n’avait pas permis d’accélérer suffisamment la recherche clinique. Plusieurs candidats vaccins et thérapeutiques sont néanmoins en développement et pourraient être testés dans le cadre de la riposte actuelle.
En attendant, l’OMS mobilise ses appuis sur la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, le dépistage, l’isolement des cas et le renforcement des capacités de terrain.
La RDC, forte de son expérience
Malgré la complexité du contexte — déplacements de populations, pression sécuritaire dans les zones touchées —, Tedros Adhanom Ghebreyesus se dit confiant dans la capacité de la RDC à contenir cette nouvelle flambée. « Nous savons que c’est une crisis assez complexe, mais la RDC dispose déjà d’une vaste expérience dans la lutte contre le virus. Nous sommes certains que nous serons en mesure de contenir cette épidémie une fois de plus », a-t-il déclaré.
Il a également salué la vision de la Première ministre Suminwa Tuluka, qui entend transformer cette crise en opportunité pour renforcer durablement le système de santé congolais, saluant au passage les investissements déjà consentis par le gouvernement et l’appui des partenaires internationaux. « Du côté de l’OMS, nous donnerons tout le soutien possible au gouvernement congolais », a-t-il promis.
Tedros Adhanom Ghebreyesus devait se rendre ce samedi 30 mai à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, pour évaluer personnellement la situation sur le terrain et rencontrer les équipes de riposte. Cette visite doit permettre à l’OMS de mieux cerner les besoins opérationnels et d’ajuster son accompagnement.
Au-delà de l’urgence médicale, le DG de l’OMS a insisté sur la nécessité d’un travail de fond auprès des communautés, certaines pratiques funéraires continuant de favoriser la transmission du virus lorsque les règles sanitaires ne sont pas respectées. Pour lui, vaincre durablement Ebola suppose de conjuguer renforcement du système de santé, engagement communautaire et coopération internationale étroite.
Prince OKENDE