Entre 2003 et 2022, la République démocratique du Congo a capté l’équivalent de près de 60 milliards de dollars sous forme d’aide au développement, d’assistance humanitaire et de coopération internationale. Près d’un quart de siècle plus tard, Kinshasa s’interroge ouvertement sur l’impact réel de ces flux et entend désormais en reprendre pleinement le pilotage.
Lors de la 91e réunion du Conseil des ministres, le président de la République, Félix Tshisekedi, a fait de la coordination de l’aide au développement et de la gestion des ressources extérieures une question stratégique. Depuis plus de deux décennies, le pays bénéficie d’un appui soutenu de ses partenaires techniques et financiers. Mais selon le chef de l’État, l’ampleur des montants mobilisés impose désormais une évaluation lucide de leur efficacité, au regard des attentes de la population et des ambitions de transformation portées par la République.
Au cœur du diagnostic présidentiel figure un constat : la fragmentation institutionnelle. Les partenaires techniques et financiers traitent aujourd’hui avec plusieurs centres de décision, une situation qui nuit à la cohérence de l’action gouvernementale et brouille l’expression d’une position unifiée de l’État sur ses priorités. Pour Félix Tshisekedi, les bailleurs ont vocation à accompagner les orientations définies par la République, et non à se substituer à la vision nationale du développement.
C’est pour corriger ce déséquilibre qu’a été élaboré un projet de décret portant création, organisation et fonctionnement du Cadre de coordination et d’orientation de l’aide au développement (CCOAD), placé sous l’autorité de la Première ministre. Le texte a été validé par les instances compétentes, mais certaines divergences subsistent quant à sa finalisation, a relevé le chef de l’État.
Ni nouvelle structure, ni transfert de prérogatives
Le président s’est employé à désamorcer les craintes que pourrait susciter la réforme. Celle-ci, a-t-il assuré, ne vise ni la création d’une structure supplémentaire ni le transfert de prérogatives d’une institution à une autre. L’objectif affiché est de doter l’État d’un mécanisme de coordination garantissant une meilleure cohérence de l’action publique, une traçabilité accrue des ressources extérieures et un alignement renforcé des interventions des partenaires sur les priorités nationales.
Dans un contexte de transformation économique, de modernisation des infrastructures, d’amélioration des services publics et de consolidation de la paix, le pays « ne peut plus se permettre une gestion fragmentée de l’aide extérieure », a martelé le chef de l’État, qui inscrit clairement cette réforme dans une logique de souveraineté. « La souveraineté de notre pays s’exprime également à travers sa capacité à orienter les ressources extérieures vers ses propres priorités et à assurer pleinement le leadership de son agenda de développement », a-t-il déclaré.
Pour accélérer le processus, Félix Tshisekedi a instruit la Première ministre de diligenter une évaluation complète de l’état d’avancement du dossier, des contraintes qui en retardent l’aboutissement et des mesures nécessaires à l’opérationnalisation effective du CCOAD. Un rapport est attendu sur le sujet dans un délai de quinze jours.
Reste à savoir si ce nouveau cadre suffira à transformer l’essai. Au-delà de l’architecture institutionnelle, l’enjeu pour Kinshasa sera de démontrer, chiffres à l’appui, que les prochaines décennies d’aide produiront des résultats plus tangibles que les 60 milliards de dollars déjà mobilisés.
DosEco