Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a lancé, mercredi 29 octobre à Kinshasa, les travaux de la conférence de haut niveau sur les flux financiers illicites d’origine commerciale dans le secteur minier. Organisée par le ministère des Finances, avec l’appui de la coopération allemande (GIZ) et de l’Union européenne, cette conférence de trois jours vise à renforcer la coordination nationale et internationale dans la lutte contre les flux financiers illicites et la fraude dans le secteur minier. Elle réunit les institutions publiques, le secteur privé, la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers.
Dans son keynote, l’argentier national a laissé entendre que les flux financiers illicites constituent aujourd’hui l’un des principaux freins à la mobilisation des ressources internes dans les économies africaines. Il a appelé à une appropriation collective de cette lutte afin de favoriser le développement économique de la RDC.
« Aucun développement durable n’est possible sans transparence financière, intégrité économique et justice fiscale. Mesdames et Messieurs, les flux financiers illicites constituent aujourd’hui l’un des principaux freins à la mobilisation des ressources internes dans les économies africaines (…). De son côté, le Fonds monétaire international estime que les pays d’Afrique subsaharienne perdent chaque année entre 2 et 3 % de leur produit intérieur brut en recettes fiscales, du fait de la fraude, de la sous-facturation, des prix de transfert ou encore de l’évasion fiscale. Pour la République démocratique du Congo, ces pertes se traduisent notamment par des milliards de dollars qui échappent au budget national, limitant ainsi la capacité de l’État à financer ses priorités, dont la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’autres infrastructures de base, ainsi que les mesures sécuritaires indispensables au pays », a-t-il déclaré.
Le ministre des finances a ajouté que chaque dollar perdu équivaut à un enfant privé d’éducation, à un centre de santé non équipé ou à une route inachevée. « La lutte contre les flux financiers illicites est un devoir républicain et un impératif de souveraineté nationale », a-t-il insisté.
Selon des études récentes, le continent africain perd chaque année près de 90 milliards de dollars américains, soit 3,7 % de son PIB, à cause des flux financiers illicites. Sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, le gouvernement congolais a engagé plusieurs réformes pour renforcer la transparence et lutter contre ce fléau.
Parmi ces mesures figurent la stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que la création du Comité national de mise en œuvre des sanctions financières ciblées. Ce dispositif témoigne de la volonté du gouvernement d’appliquer efficacement les mesures de répression contre les acteurs impliqués dans les pratiques illicites contribuant au financement du terrorisme.
Ces engagements permettent à la République démocratique du Congo de s’aligner sur les standards internationaux en matière de coopération fiscale et de transparence. Ils favorisent une lutte plus efficace contre l’érosion de la base d’imposition et les pratiques d’optimisation fiscale agressives à l’origine de la fuite des capitaux.
Par ailleurs, la RDC a récemment installé une unité opérationnelle d’échange d’informations fiscales, connectée à 171 juridictions membres du Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales. Cet outil permet un accès direct aux informations fiscales internationales et facilite la détection des pratiques d’évasion et de transfert de capitaux.
Le secteur minier, qui représente plus de 90 % des exportations du pays, demeure à la fois le moteur de la croissance nationale et le principal foyer de vulnérabilité fiscale et financière. Facturation fictive, sous-évaluation des exportations, sociétés écrans, manipulation des prix de transfert : autant de pratiques qui affaiblissent les recettes publiques et nuisent à l’économie nationale. Le gouvernement entend, à cet effet, renforcer la synergie entre les services fiscaux, douaniers et financiers afin d’assurer un contrôle cohérent et efficace des flux financiers illicites dans le secteur minier et les autres domaines stratégiques.
Cette conférence de Kinshasa se veut un moment d’engagement collectif. Elle doit, selon Doudou Fwamba, permettre de diagnostiquer les failles structurelles, de partager les meilleures pratiques et d’élaborer une feuille de route nationale pour réduire significativement les flux financiers illicites en RDC. Les conclusions des travaux donneront lieu à la Déclaration de Kinshasa, symbole d’une volonté commune de faire du secteur minier un véritable levier de développement, mieux encadré face aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.
« La lutte contre les flux financiers illicites n’est pas une contrainte imposée à la République démocratique du Congo. C’est un choix de souveraineté, un engagement pour la justice sociale et une condition essentielle du développement durable », a conclu le ministre des Finances.
La création du Comité national de mise en œuvre des sanctions financières ciblées et l’intégration de la RDC au réseau mondial d’échanges d’informations fiscales traduisent la détermination du gouvernement, et celle du président Félix Tshisekedi, à protéger les richesses nationales et à restaurer la confiance dans la gouvernance économique.
DosEco