Le Programme alimentaire mondial (PAM) engage une recomposition inédite de son architecture de financement en République démocratique du Congo. Confrontée au désengagement américain consécutif à l’absorption de l’USAID au sein du département d’État, l’organisation onusienne a ouvert des discussions exploratoires avec des bailleurs émergents — Chine, Russie, Émirats arabes unis, Brésil et Arabie saoudite — dans le but de réduire sa dépendance aux partenaires traditionnels.
Ce pivot intervient alors que 27,7 millions de Congolais sont classés en insécurité alimentaire aiguë (IPC 3+), dont 3,9 millions en phase d’urgence (IPC 4), soit une hausse de 34 % par rapport aux projections de 2024, selon le rapport annuel du PAM consulté par DosEco.cd.
Le retrait américain, déclencheur d’une crise de financement sans précédent
Seuls 23 % des fonds en négociation avec Washington — héritage du Bureau d’assistance humanitaire (BHA) — ont été effectivement reçus en 2025. Cette défection a contraint le PAM à une révision budgétaire majeure : le budget opérationnel est passé de 1,1 milliard à 672 millions de dollars, soit une contraction de 37 %.
La cible annuelle de bénéficiaires a dans le même temps été ramenée de 6,4 à 4,1 millions de personnes, et le Plan de réponse humanitaire 2025 n’a été financé qu’à hauteur de 22 %. Avec 182,5 millions de dollars effectivement mobilisés, 2025 s’inscrit comme l’année la plus difficile sur le plan financier depuis le lancement du Plan stratégique pays en 2021.
En dépit de ces restrictions, le PAM a assisté 5,3 millions de personnes, dont 3,8 millions via l’aide alimentaire et monétaire d’urgence. Pour étirer les ressources disponibles, la durée moyenne de l’assistance a été réduite de six à trois mois — un arbitrage qui fragilise la continuité de la prise en charge des populations les plus vulnérables. Les seules provinces de l’Est concentrent 10,3 millions de personnes en IPC 3 ou plus, illustrant la géographie de la crise.
La fermeture des banques au Nord et au Sud-Kivu a par ailleurs contraint l’organisation à suspendre ses transferts monétaires dans ces zones. En réponse, le PAM a déployé un dispositif innovant d’e-vouchers baptisé « Chakula Sokoni » — « la nourriture au marché » en swahili —, piloté dans le territoire de Masisi auprès de 5 000 ménages, soit plus de 30 000 personnes.
Un ancrage national renforcé
Sur le plan opérationnel, le PAM s’appuie sur 49 partenaires d’exécution, dont 44 ONG nationales. Quelque 74 % du budget alloué aux partenariats, soit 27,4 millions de dollars, a été dirigé vers des acteurs congolais — traduisant une volonté affirmée de localisation de l’aide, en cohérence avec le pivot stratégique engagé face à la contraction des financements occidentaux.
Le rapport formule une mise en garde sans détour : toute nouvelle réduction de financement en 2026 et au-delà entraînerait une « diminution extrême » du nombre de personnes assistées en RDC. Dans un pays à l’épicentre de l’une des plus graves crises de déplacement interne au monde, cet avertissement constitue un appel urgent à la communauté internationale — anciens comme nouveaux bailleurs — à consolider, et non à réduire, son engagement humanitaire en RDC.
DosEco