En République démocratique du Congo, environ 27,7 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë, selon les résultats de la JANFSA 2025 (Approche intégrée pour l’évaluation d’urgence de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages). Cette étude a été conduite conjointement par le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Institut national de la statistique (INS) et le Programme national de nutrition (PRONANUT).
Le rapport classe ces populations en Phase 3 et plus de l’Indice de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un seuil caractérisant une situation de crise nécessitant une assistance humanitaire urgente.
« L’Approche intégrée pour l’évaluation d’urgence de la situation de sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages (JANFSA 2025) est une étude conduite par le PAM, l’INS et le PRONANUT. Elle intervient dans un contexte de crise aiguë où 27,7 millions de personnes (Phase 3+ de l’IPC) sont affectées par la faim », indique le document.
L’étude vise à fournir une analyse consolidée de la sécurité alimentaire et de la nutrition afin d’orienter le ciblage des interventions humanitaires et d’alimenter le cycle IPC. Elle couvre les principales zones prioritaires du pays et propose une lecture croisée des dynamiques agricoles, des habitudes de consommation et des indicateurs nutritionnels des ménages.
Une insécurité alimentaire généralisée
Selon la méthodologie CARI (Consolidated Approach for Reporting Indicators), 77,3 % des ménages enquêtés sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 60,1 % à un niveau modéré et 17,2 % à un niveau sévère. La dégradation de la qualité alimentaire est marquée : 30,5 % des ménages présentent un score de consommation alimentaire (FCS) jugé « pauvre ». La province du Kasaï Central enregistre la situation la plus critique, avec 62,7 % des ménages classés en FCS pauvre.
Face à la réduction de l’accès aux denrées de base, les stratégies d’adaptation se durcissent. Près de 23,9 % des ménages recourent à des stratégies de crise, tandis que 10,3 % adoptent des stratégies d’urgence, incluant notamment la vente d’actifs productifs ou le retrait des enfants du système scolaire. Chez les personnes déplacées internes (PDI) vivant dans des sites non structurés, l’indice de stratégie de survie (rCSI) atteint des niveaux extrêmes pour 77,7 % des ménages.
Des ménages sous forte contrainte économique
L’étude met en évidence une pression économique soutenue sur les ménages. Le revenu mensuel moyen est estimé à 112 dollars, un niveau insuffisant pour couvrir les besoins essentiels. Dans ce contexte, 59,6 % des ménages consacrent plus de 75 % de leurs dépenses à l’alimentation, au détriment de la santé et de l’éducation.
Le recours à l’économie informelle demeure prédominant, représentant 68,8 % des sources de revenus. Les ménages comptent en moyenne 5,6 personnes, dont 45 % sont âgées de moins de 15 ans, accentuant les besoins de prise en charge.
La vulnérabilité est également liée au faible niveau d’instruction : un quart des chefs de ménage ne disposent d’aucune scolarité.
Elle est renforcée par la présence importante de personnes déplacées internes, notamment dans les provinces de l’Est, où le Sud-Kivu affiche un taux de 22,2 %. Des niveaux de pauvreté extrême dépassant 70 % sont observés dans certains territoires comme Fizi, Mwenga et Walikale.
Une base pour orienter la réponse humanitaire
La JANFSA 2025 repose sur un échantillon de 15 180 ménages, représentatif à l’échelle territoriale, couvrant onze provinces ainsi que le territoire de Pweto. L’opération a été entièrement financée et soutenue sur le plan logistique par le PAM.
« Ce soutien a permis de garantir une couverture exhaustive des zones prioritaires et le déploiement d’une méthodologie rigoureuse sur l’ensemble du territoire », souligne le rapport.
Les résultats de cette étude sont appelés à servir de socle analytique pour le ciblage des interventions humanitaires en RDC, dans un contexte marqué par la persistance des déplacements de populations, l’instabilité sécuritaire et une vulnérabilité économique structurelle.
Célestin KAZADI