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À Paris, Félix Tshisekedi appelle la communauté internationale à agir pour l’accès humanitaire immédiat et un financement massif pour l’Est de la RDC

Le Président de la République Félix Tshisekedi sollicite une mobilisation exceptionnelle de la communauté internationale pour résorber la crise sécuritaire persistante qui sévit dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

Dans un discours prononcé jeudi 30 octobre 2025 lors de la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs tenue à Paris, le Chef de l’État Félix Tshisekedi a formulé trois demandes importantes.

La première concerne l’accès humanitaire immédiat, sécurisé et garanti.

« Nous avons besoin, de toute urgence, de voies humanitaires sûres pour acheminer soins, nourriture, eau, abris et assistance psychologique aux populations piégées. À ce titre, je propose l’établissement d’un corridor humanitaire aérien, strictement encadré, permettant le transport des médicaments, des denrées essentielles et la rotation du personnel humanitaire, y compris vers les zones les plus exposées. Ce mécanisme, sous la responsabilité conjointe des Nations Unies et des autorités congolaises, doit être un résultat concret de cette conférence », a-t-il affirmé.

Sa deuxième demande est un plaidoyer pour un financement massif, rapide et traçable. Il a rappelé que le plan de réponse humanitaire des Nations Unies pour 2025 prévoyait une enveloppe de 2,24 milliards de dollars destinée à l’assistance vitale de plus de 20 millions de personnes en RDC, dans un contexte déjà marqué par la fragilité et les besoins chroniques, avant même la reprise des hostilités. « Ce plan demeure sous-financé », a-t-il souligné.

« Je demande donc un engagement financier additionnel, ciblé et prévisible, qui permette de traiter les besoins vitaux : santé d’urgence, sécurité alimentaire, abris pour les déplacés, protection des survivantes de violences sexuelles, et accès à l’eau potable. Ce financement ne doit pas être perçu comme une aide ponctuelle, mais comme un investissement pour éviter l’effondrement humanitaire d’une région stratégique pour la paix du continent », a-t-il insisté.

Enfin, la troisième demande touche à l’alignement politique. Félix Tshisekedi souhaite que chaque partenaire présent, chaque État et chaque organisation régionale ou internationale, s’engage à soutenir l’application effective de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité, en appelant clairement au retrait de l’AFC/M23 des zones qu’il occupe et au retrait des forces étrangères du territoire congolais.

En contrepartie, le président congolais a énoncé trois engagements clairs de la République Démocratique du Congo.

Premier engagement : reconstruire

Il a annoncé que dès la fin des hostilités, un plan d’aide d’urgence sera lancé pour la reconstruction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce plan, conçu comme un pacte national et international, intégrera tous les programmes et projets destinés à la stabilisation, au relèvement et au développement durable des provinces touchées.

Il vise à mobiliser environ 5 milliards de dollars d’ici 2026 pour la réouverture des écoles, la réhabilitation des centres de santé, la reconstruction des routes et le retour digne des personnes déplacées. La sécurité alimentaire sera également une priorité, car nourrir une famille, c’est déjà commencer la paix. Ce plan sera coordonné, unifié et transparent. Aucun territoire ne sera abandonné. Aucune communauté ne sera laissée pour compte.

Deuxième engagement : protéger les plus vulnérables et responsabiliser les auteurs

Le cadre juridique relatif à la protection des déplacés et des victimes de catastrophes humanitaires sera renforcé, notamment par l’intégration en droit national de la Convention de Kampala de l’Union africaine et l’adoption d’un dispositif légal pérenne pour le financement de l’action humanitaire et la réduction des risques.

Une loi sur le financement de l’action humanitaire et la gestion des risques de catastrophes sera prochainement adoptée, afin de fournir au gouvernement des mécanismes pérennes de financement, conformément au Cadre de Sendai 2015-2030 et aux engagements pris lors du Sommet humanitaire mondial d’Istanbul en 2016. Les survivantes de violences sexuelles seront reconnues comme victimes de guerre, accompagnées, soignées et réparées.

Troisième engagement : transformer la crise en levier de stabilité régionale

« Nous ne venons pas seulement demander de l’aide humanitaire. Nous venons défendre une vision politique : la paix durable dans les Grands Lacs ne sera possible que si la région opte pour l’intégration économique et la prospérité partagée, plutôt que pour le pillage et la prédation », a déclaré Félix Tshisekedi.

Il a affirmé que l’avenir de la région ne doit pas être façonné par des trafics transfrontaliers illégaux d’or, de coltan ou de cobalt alimentant des groupes armés ; il doit s’appuyer sur une coopération économique formelle, des infrastructures interconnectées, une industrialisation locale, et des opportunités offertes à la jeunesse. « C’est cela, la paix durable. La sécurité est nécessaire à la prospérité. Mais la prospérité est aussi une condition de la sécurité », a-t-il conclu.

Coorganisée par la France et la Belgique, la Conférence consacrée à la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs a permis de débourser une somme de 1,5 milliards d’euros mobilisés pour financer des programmes humanitaires et des actions de stabilisation en RDC et dans les pays voisins.

Dostin Eugène LUANGE

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