La rébellion en cours dans l’Est de la République démocratique du Congo pourrait être la dernière que connaîtra le pays selon le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku.
Intervenant comme panéliste à la Conférence-Mémoire contre l’oubli : drame humanitaire, enjeux économiques, justice pour les victimes et restauration de l’intégrité territoriale, organisée mardi 27 janvier 2026 à Kinshasa par le ministère de la Communication et des Médias, le ministre du Commerce extérieur, cet ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant douze ans, a livré une analyse économique et stratégique des conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo.
« Je prends le risque de dire que ça c’est la dernière rébellion en République démocratique du Congo au regard de ce que je vois, de ce que le gouvernement et le président de la République sont en train de faire. Pourquoi ? Parce qu’on est en train de couper toutes les branches sur lesquelles s’appuyait le Rwanda. Nous avons signé l’accord à Washington et nous allons nous rendre bientôt à Abu Dhabi pour signer un accord avec les Émirats Arabes Unis. C’est dans cet espace que 80 % des minerais en provenance du Rwanda étaient dirigés. La réponse est sécuritaire. Pendant tout ce temps où les rébellions se sont succédé, il y avait une infiltration massive au sein de l’appareil judiciaire. Ce gouvernement ici est en train de faire un nettoyage systématique pour extirper de l’appareil sécuritaire toutes ces patates pourries qui contaminaient le reste de l’appareil et qui nous amenaient à des échecs répétés pendant une période de 20 ans », a-t-il déclaré.
Devant la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, des membres du gouvernement, des parlementaires, des étudiants, des journalistes et des acteurs de la société civile, Julien Paluku a estimé que les guerres récurrentes dans l’Est du pays, qu’il attribue à l’agression rwandaise, visent avant tout à détruire les fondements économiques de la RDC.
« L’objectif est de détruire le capital humain congolais, avec des millions de déplacés, de démanteler le tissu économique par le pillage systématique des minerais et des produits agricoles, mais aussi de porter atteinte au tissu environnemental et touristique, afin d’installer une économie de dépendance au détriment de l’économie nationale », a-t-il déclaré.
Une économie de prédation fondée sur les ressources minières
Julien Paluku a souligné que l’occupation de certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu s’est accompagnée d’une forte hausse des exportations minières vers le Rwanda, un pays qui ne dispose pas de gisements miniers significatifs.
« Pendant cette période, les exportations de minerais sont passées de 70 millions de dollars à près de 2 milliards de dollars par an au Rwanda. Les véritables FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) poursuivis en RDC ce sont les minerais et les ressources naturelles congolaises », a-t-il insisté.
Selon lui, cette dynamique explique l’extension progressive des violences vers des zones stratégiques comme Bukavu, où les activités minières et agricoles constituent des enjeux économiques majeurs.
Sur le plan interne, Julien Paluku a mis en avant les réformes engagées au sein de l’appareil sécuritaire, qu’il estime longtemps infiltré. « Pendant plus de vingt ans, les rébellions ont prospéré sur fond d’infiltration massive dans l’appareil sécuritaire et judiciaire. Le gouvernement est aujourd’hui en train de procéder à un nettoyage systématique pour extirper les éléments qui ont conduit à des échecs répétés », a-t-il affirmé.
Le ministre du commerce extérieur a rappelé l’ampleur du coût humain du conflit, qu’il considère comme un facteur central de la stratégie de déstabilisation. « Nous comptons près de 7 millions de déplacés. C’est l’équivalent de la population de pays tels que le Lesotho, le Botswana ou le Congo-Brazzaville. Or, le capital humain est un facteur de production », a-t-il souligné. Selon lui, la destruction de ce capital vise à affaiblir la capacité productive locale, dans un contexte où la RDC constitue le marché le plus sûr pour le Rwanda.
Prince OKENDE