La concurrence entre grandes puissances pour accéder aux minerais stratégiques congolais s’étend désormais aux infrastructures de transport. Alors que plusieurs corridors sont en développement pour faciliter les exportations, les compagnies minières actives dans le pays cherchent à se positionner.
Zijin Mining et CMOC, deux groupes miniers chinois contrôlant une part significative de la production de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo, entendent s’engager dans la modernisation du corridor ferroviaire de TAZARA. Ce projet, soutenu par la Chine, est présenté par plusieurs analystes comme un « concurrent sérieux » au corridor de Lobito développé en parallèle avec l’appui des États-Unis.
Soutenir un chantier à 1,24 milliard USD
Évalué à 1,24 milliard USD, le projet de rénovation du corridor de TAZARA vise à désengorger les routes connectées de la Zambie et du sud de la RDC, d’où la plupart des cargaisons de minerais sont acheminées vers le port de Dar es Salaam en Tanzanie.
Selon des informations dévoilées la semaine dernière, les deux groupes miniers, aux côtés de Jiayou International Logistics et COSCO Shipping Holdings, rejoignent China Civil Engineering Construction (CCECC) au capital du projet. D’après les termes du partenariat, le projet sera détenu à 80 % par CCECC qui assure la mise en œuvre du chantier, contre 5 % pour chacun des autres acteurs qui s’engagent à contribuer proportionnellement au financement des travaux.
La transaction doit encore obtenir les autorisations nécessaires auprès du gouvernement chinois. Au-delà du simple financement, l’intégration de CMOC et Zijin s’inscrirait à terme dans une logique de structuration d’une chaîne logistique complète, de l’extraction au transport des minerais. CMOC, à travers ses mines Tenke Fungurume et Kisanfu, a représenté à lui seul 21,9 % des exportations totales de cuivre de la RDC en 2025. De son côté, Zijin contrôle 39,6 % du capital de Kamoa-Kakula, le plus grand complexe cuprifère du pays.
Concurrence autour des voies d’exportation de cuivre
En se joignant à la modernisation du corridor de TAZARA, les deux compagnies minières contribuent à la consolidation des positions chinoises, dans un contexte de rivalité avec les autres grandes puissances autour des routes d’exportation de minéraux critiques.
De leur côté, les États-Unis et l’UE accélèrent leurs plans sur le corridor de Lobito. Présentée comme un potentiel axe concurrent de TAZARA, cette infrastructure vise à relier les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais éponyme, sur l’océan Atlantique, à travers la réhabilitation d’infrastructures ferroviaires et logistiques. L’objectif est d’offrir une voie d’exportation plus rapide pour les minerais stratégiques, afin de réduire les coûts et les délais tout en désenclavant la Copperbelt.
Pour Washington et ses partenaires, le projet constitue un levier pour canaliser davantage de flux miniers vers les marchés occidentaux. Cette orientation est perceptible dans l’accord de coopération minière conclu entre Washington et Kinshasa en décembre dernier. Selon Bankable, celui-ci prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par les entreprises minières publiques de la RDC transiteront via l’axe congolais du corridor.
Malgré ses atouts et les avancées enregistrées, Lobito reste toutefois un projet dont la viabilité économique suscite encore des interrogations. Dans un rapport publié l’an dernier, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) souligne notamment le risque de coûts d’expédition élevés et un soutien encore limité des acteurs miniers. Des préoccupations également soulevées par l’IRIS, qui évoque aussi l’absence d’une autorité publique transnationale chargée de la gouvernance du projet.
AE