Dans le cadre du segment politique de haut niveau sur le financement de l’éducation et de la formation, ouvert depuis le 28 avril à Kinshasa, la ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raissa Malu, a dévoilé ce jeudi 30 avril les six orientations stratégiques qui guideront l’action de son ministère pour la période 2026-2030.
La date n’est pas anodine : ce 30 avril coïncide avec la Journée nationale de l’enseignement, conférant à cette annonce une portée symbolique affirmée. Ces assises portent à la fois sur la revue conjointe de l’achèvement de la Stratégie Sectorielle de l’Éducation et de la Formation (SSEF) 2016-2025, sur la revue du Pacte de partenariat avec le Partenariat Mondial pour l’Éducation (GPE), et sur le lancement d’un nouveau cycle de planification à travers la SSIEF 2026-2030.
« La décennie écoulée a été celle de l’expansion. Nous devons à présent franchir une nouvelle étape : construire un système éducatif performant, équitable et résilient », a déclaré la ministre, en sa qualité de présidente du Groupe Thématique Éducation.
Recentrer le système sur les apprentissages et la qualité
Rompant avec une logique purement quantitative, Raissa Malu a placé la qualité des enseignements au sommet de ses priorités.
« Nous devons changer de logique. Ne plus seulement compter les enfants à l’école, mais garantir ce qu’ils y apprennent. Cela suppose des programmes effectivement mis en œuvre, des manuels disponibles, un accompagnement pédagogique réel et des évaluations utiles pour améliorer », a-t-elle affirmé.
Le numérique éducatif y est identifié comme levier d’accès aux ressources et d’accompagnement des enseignants, à déployer en tenant compte des réalités du terrain.
Consolider la gratuité tout en renforçant la fonction enseignante
Dans la foulée, la ministre de tutelle a réaffirmé le caractère « irréversible » de la gratuité scolaire, tout en conditionnant son extension à une meilleure soutenabilité financière : mieux planifier, mieux équiper, mieux financer. Elle a surtout insisté sur la nécessité de replacer l’enseignant au cœur du système — mieux le former, mieux l’accompagner, mieux le reconnaître. « Investir dans l’enseignant, c’est garantir la qualité des apprentissages », a-t-elle soutenu.
Développer les compétences au service de l’économie
Raissa Malu a plaidé pour un rapprochement structurel entre la formation professionnelle et l’économie réelle, érigeant le secteur privé en véritable partenaire de formation, d’innovation et d’insertion — et non en simple contributeur financier. Les entreprises sont appelées à participer à la définition des compétences, à l’accueil des apprenants, à l’alternance et à la construction de passerelles concrètes vers l’emploi.
Garantir l’inclusion par l’éducation non formelle et l’alphabétisation
Soulignant qu’il n’était plus acceptable de laisser des millions de jeunes et d’adultes en marge du système, la ministre a érigé l’éducation non formelle et l’alphabétisation en priorité nationale, à adresser par des solutions simples, accessibles et concrètes. Elle y voit un enjeu à la fois d’équité, de cohésion nationale et de stabilité sociale.
Préparer la souveraineté scientifique et technologique
Face à l’évolution rapide du monde, Raissa Malu a appelé à connecter le système éducatif aux besoins stratégiques du pays. Elle a préconisé un partenariat renforcé avec les entreprises, les universités, les centres de recherche et les acteurs technologiques, afin de transformer des initiatives dispersées en investissements structurants alignés sur les priorités nationales.
Refonder le pilotage et la gouvernance du système
La ministre a conclu en posant la gouvernance comme condition sine qua non de toute transformation durable : mieux coordonner les acteurs, clarifier les responsabilités, s’appuyer sur des données fiables. « Le financement doit être renforcé, mais surtout mieux utilisé », a-t-elle tranché.
Ces six orientations constituent le socle de la SSIEF 2026-2030, dont le lancement intervient alors que la RDC tire les enseignements d’une décennie d’expansion scolaire. Elles traduisent la volonté affichée du gouvernement de faire de l’éducation un levier de développement économique et de cohésion nationale, dans un contexte où les défis structurels du secteur — qualité des apprentissages, gouvernance, financement — demeurent considérables.