Dans un communiqué publié le 30 avril 2026, le ministère des Finances a annoncé que les recettes intérieures mobilisées au cours du mois d’avril 2026 se sont établies à 4 754,8 milliards de CDF, soit 103 % des prévisions mensuelles fixées à 4 635,2 milliards de CDF.
En glissement annuel, la progression atteint 18 % en monnaie nationale et 38 % en dollars américains, par rapport aux 4 043,4 milliards de CDF enregistrés en avril 2025. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a salué le civisme fiscal des opérateurs économiques, en particulier des grandes entreprises minières ayant participé au dialogue pré-déclaratif instauré par la Loi des finances 2026.
Trois régies financières affichent des taux de réalisation supérieurs aux prévisions : la DGDA à 108 % (663,0 milliards de CDF), la DGI à 101 % (3 538,4 milliards de CDF) et la DGRAD à 104 % (553,3 milliards de CDF).
Une performance portée par le cuivre, pas par la politique fiscale
C’est précisément sur ce satisfecit que le député national Flory Mapamboli choisit d’intervenir. Dans une publication sur son compte X, l’élu de Kasongo Lunda tempère l’enthousiasme officiel en pointant la nature conjoncturelle des résultats. Selon lui, la performance d’avril est essentiellement imputable au solde de l’impôt sur les bénéfices et profits (IBP) des entreprises, lui-même dopé par l’envolée des cours du cuivre sur les marchés internationaux.
« La performance dans la mobilisation des recettes domestiques d’avril est liée au solde de l’impôt sur les bénéfices et profits des entreprises (IBP). Ce niveau de réalisation s’explique en grande partie par les exportations de cuivre, dont le cours a dépassé 10 000 USD à partir de septembre 2025 pour atteindre 12 000 USD à fin décembre. Les prévisions ont été construites sur la base de 9 000 USD la tonne tout au plus. Le volume exporté s’est élevé à plus de 3,1 millions de tonnes, contre plus de 3,4 millions de tonnes produites », a-t-il écrit.
En d’autres termes, c’est moins l’efficacité de l’administration fiscale que la conjoncture favorable des matières premières qui explique le dépassement des prévisions mensuelles — une nuance que le communiqué officiel passe sous silence.
L’argument le plus percutant du député Flory Mapamboli porte sur la lecture en glissement annuel. « En cumul annuel, les assignations de recettes n’ont pas été atteintes », écrit-il, remettant ainsi en perspective la portée réelle de la performance mensuelle. Un mois d’avril supérieur aux prévisions ne suffit pas à combler les écarts accumulés depuis le début de l’exercice.
Plus grave encore, le député pointe l’état des arriérés de dépenses publiques comme véritable thermomètre de la situation budgétaire. Se féliciter de recettes mensuelles au-dessus des prévisions, alors que l’État accumule des dettes vis-à-vis de ses propres créanciers internes, relève selon lui d’une communication déconnectée des réalités de la gestion des finances publiques.
L’échange illustre une tension récurrente dans la gestion budgétaire congolaise : celle entre la communication institutionnelle, prompte à valoriser chaque signal positif, et une lecture plus structurelle des équilibres financiers de l’État. La dépendance des recettes fiscales aux exportations minières — et donc aux prix mondiaux des matières premières — reste un facteur de vulnérabilité que ni un bon mois d’avril ni un dialogue pré-déclaratif ne suffisent à corriger durablement.
DosEco