Les membres du gouvernement, réunis vendredi dernier en Conseil des ministres, ont adopté, le projet de création de la Société ADEX RDC SA, une coentreprise paritaire détenue à 50 % par le Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) et à 50 % par le suisse ADEX Platform AG.
Présenté par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, ce partenariat vise à internaliser la taille, le polissage et la commercialisation des diamants congolais, afin de retenir sur le territoire une part bien plus importante de la valeur d’une filière aujourd’hui exportée pour l’essentiel à l’état brut.
L’opération illustre la stratégie de transformation locale (« beneficiation ») que Kinshasa cherche à étendre à ses substances précieuses, à l’image de ce qui se fait déjà pour d’autres minerais. En conservant en aval la transformation et la mise sur le marché international des diamants et pierres de couleur d’origine artisanale, la RDC entend capter une fraction de la chaîne de valeur qui lui échappe traditionnellement au profit des places de négoce et de taillerie étrangères.
Le choix d’ADEX Platform AG repose, selon le dossier présenté au gouvernement, sur l’expertise du partenaire dans la filière diamantaire. Le groupe se présente comme un consortium réunissant des membres du Conseil mondial du diamant (World Diamond Council), dont l’un occupe actuellement la vice-présidence de cette instance qui fédère les principaux acteurs du secteur à l’échelle internationale. Le ministre des Mines a passé en revue les détails du plan d’affaires de la coentreprise ainsi que ses avantages stratégiques pour le pays.
Recettes fiscales, emplois et transfert de technologies
Sur le plan budgétaire, le projet table sur des recettes significatives pour le Trésor public dès les cinq premières années d’activité. Côté emploi, le modèle économique prévoit la création de 30 à 40 postes directs locaux au sein d’ADEX RDC SA, assortis d’un transfert de technologies de pointe et de compétences depuis la Suisse, ainsi que de 120 à 150 emplois indirects. Au-delà de ces volumes, l’enjeu affiché est l’amorçage de nouvelles filières aval — joaillerie, or et autres segments à forte valeur ajoutée — appelées à structurer un écosystème encore embryonnaire.
L’horizon est de long terme. Exploités depuis 1936, les gisements artisanaux de diamants et de pierres de couleur du pays disposent encore d’une ressource exploitable pour au moins cinquante ans, selon les estimations du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC). De quoi conférer au projet une visibilité suffisante pour amortir les investissements de transformation et fixer durablement la valeur ajoutée sur le sol congolais.
Adopté après débats et délibérations, le dossier ADEX RDC SA franchit ainsi une première étape institutionnelle. Sa concrétisation dépendra désormais de la formalisation du partenariat avec ADEX Platform AG et de la capacité des autorités à traduire, dans les faits, l’ambition d’une filière diamantaire intégrée, de la mine artisanale jusqu’à la commercialisation des pierres polies.
Dostin Eugene LUANGE