Dans un communiqué publié le 2 juin 2026, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a ordonné la suspension « à titre conservatoire » de toutes les activités minières menées dans les zones contiguës au Parc national de la Maiko, dans l’est de la République démocratique du Congo. La mesure vise les permis de recherche n°16591 et n°16594, détenus respectivement par Stone Mining SARLU et Xin Hong Kuan Ye SARL.
La décision fait suite à une correspondance de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) adressée le 17 avril 2026 à la ministre de l’Environnement, qui a déclenché des échanges entre les services techniques des deux ministères.
Trois constats motivent la sanction. Le premier porte sur un usage « abusif » des titres : alors que ces sociétés ne disposent que de permis de recherche, elles se seraient livrées à de l’exploitation minière, en violation des articles 50 bis et 203 du Code minier et de l’article 110 du Règlement minier. Le deuxième concerne la transgression de l’article 25 de la loi n°14/003 du 11 février 2014 sur la conservation de la nature — telle que modifiée par la loi n°24/020 du 30 décembre 2024 — qui interdit toute activité incompatible avec la conservation à l’intérieur des aires protégées. Le troisième, enfin, vise selon le ministère l’« intrusion d’individus armés non autrement identifiés » dans les périmètres concernés.
Pour faire la lumière sur la situation, une mission mixte associant les services spécialisés des ministères de l’Intérieur, de la Défense, de l’Environnement et des Mines doit être déployée « dans les prochains jours », afin de procéder à une évaluation de terrain et de proposer les mesures appropriées. Selon le degré de confirmation des faits, ses conclusions pourraient déboucher sur des sanctions administratives, voire le retrait des titres, ou sur des poursuites judiciaires.
Le dossier illustre la tension récurrente entre exploitation des ressources et protection de la biodiversité dans l’est congolais, une région où la zone de la Maiko recèle de l’or, du coltan et de la cassitérite. S’étendant sur plus de 10 830 km² à cheval sur les provinces de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu, le Parc national de la Maiko, créé en 1970, abrite des espèces rares et endémiques comme le gorille des plaines de l’est, l’okapi et le paon du Congo. Administré par l’ICCN, ce vaste massif forestier demeure confronté depuis plusieurs décennies à des menaces persistantes — braconnage, exploitation minière illégale et pression sur les ressources naturelles — dans un contexte marqué par la présence de groupes armés.
Depuis sa prise de fonctions en août 2025, Louis Watum Kabamba affirme vouloir renforcer la traçabilité des minerais, assainir le secteur minier et restaurer l’autorité de l’État dans les zones d’exploitation, une ligne qu’il a défendue devant l’Assemblée nationale fin mai 2026. Ancien dirigeant des opérations congolaises d’Ivanhoe Mines et ex-président de la Chambre des mines de la RDC, l’ingénieur connaît de près le dossier de la gouvernance minière.
