Le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis le 4 décembre 2025 à Washington ne se limite pas à l’accès aux minéraux stratégiques. C’est le message qu’a porté mercredi 4 juin le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale Daniel Mukoko Samba, lors d’une soirée d’échanges organisée par Makutano Talk au Sultani Hotel.
De l’avis de ce membre du gouvernement qui a été aux premières loges de la signature de cet accord, ce partenariat vise à soutenir l’industrialisation progressive de l’économie congolaise et englobe 52 projets dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’éducation et du développement du capital humain.
« Ce n’est pas un accord de troc, ni un simple deal minier. C’est un véritable partenariat stratégique avec des ramifications dans plusieurs secteurs », a déclaré le VPM Daniel Mukoko. L’ambition commune, a-t-il précisé, est de « sortir du modèle extractif » et de « bâtir une économie congolaise industrielle, intégrée aux chaînes de valeur mondiales ».
Trois catégories de projets structurent le partenariat
Signé parallèlement à un mémorandum de coopération sécuritaire, le texte comprend 18 articles et deux annexes techniques. Il s’articule autour de trois catégories de projets aux mécanismes distincts.
La première concerne les réserves d’actifs stratégiques. Celles-ci portent sur l’exploitation et la transformation de ressources minières situées sur des gisements libres de tout engagement envers des tiers. Le gouvernement congolais conserve une maîtrise complète de ces réserves, tandis que les entités américaines bénéficient d’un droit de première offre limité à trois mois, renouvelable une seule fois.
« Il n’y a pas d’attribution immédiate. Il s’agit d’un accès préférentiel accordé pour une période limitée », a expliqué le Vice-Premier ministre. Les négociations se déroulent ensuite conformément à la législation minière congolaise. À l’issue du délai prévu, en l’absence d’accord ou d’intérêt manifesté par la partie américaine, la RDC demeure libre de proposer le site à tout autre investisseur.

La deuxième catégorie concerne les projets stratégiques assimilés, qui reposent sur une logique similaire mais incluent également des entités dont la nationalité est assimilable à celle de la partie américaine. Selon Daniel Mukoko Samba, cette catégorie n’a pas encore donné lieu à des échanges concrets.
La troisième catégorie, que le gouvernement considère comme l’élément central du partenariat, regroupe les projets stratégiques désignés. Il s’agit de projets identifiés par la RDC comme essentiels à son développement économique à long terme, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures de transport, de l’industrie et de la formation du capital humain.
À ce jour, la RDC a soumis une liste de 52 projets qui font actuellement l’objet d’une priorisation au niveau gouvernemental, avant une nouvelle phase d’évaluation conjointe avec les autorités américaines. Parmi eux figure notamment le Corridor de Lobito, présenté comme un projet catalyseur pour l’intégration économique régionale.
L’importance accordée aux grandes infrastructures transparaît dans le texte lui-même. « Ce n’est pas par hasard que le texte consacre un article entier aux corridors de transport et un autre au projet Grand Inga », a souligné le VPM Daniel Mukoko Samba.
La mise en œuvre du partenariat est assurée par un comité de pilotage conjoint composé de cinq représentants de chaque partie et coprésidé par un représentant congolais et un représentant américain.
Lors de sa première réunion, tenue le 5 février 2026, ce comité a validé la liste initiale des sites miniers libres de tout engagement. La partie américaine doit désormais communiquer les sites ayant suscité l’intérêt du secteur privé américain avant l’ouverture des périodes de négociation prévues pour chaque projet.
« Le partenariat suit son calendrier », a assuré le Vice-Premier ministre.
Le rôle déterminant du secteur privé congolais
Ce membre du gouvernement a insisté sur la nécessité pour les opérateurs économiques congolais de jouer un rôle actif dans la concrétisation de ce partenariat. « Les Américains ne feront pas notre part. Ce ne sont pas eux qui construiront les mécanismes permettant à la RDC de tirer le meilleur profit de ce texte », a-t-il affirmé.

Selon lui, la réussite de cette coopération dépendra avant tout de la capacité des Congolais à innover, entreprendre et créer davantage de valeur ajoutée localement. Le Vice-Premier ministre a ainsi appelé le secteur privé national à s’approprier pleinement les opportunités offertes par ce cadre de coopération.
Répondant aux interrogations sur le contenu du texte, Daniel Mukoko Samba a réaffirmé qu’aucune disposition cachée n’accompagnait le partenariat. « Il n’y a pas de clause secrète. Il n’y a pas d’annexe cachée », a-t-il déclaré.
Selon lui, les deux annexes jointes au texte se limitent à des définitions techniques destinées à préciser certains termes utilisés dans le partenariat.
La soirée s’est conclue par un échange avec les participants sur les retombées attendues de cette coopération. Au-delà de l’accès aux ressources minières, les autorités congolaises présentent ce partenariat comme un levier d’industrialisation et de transformation économique dont le succès dépendra largement de la capacité des acteurs congolais à s’en saisir.
DEL