En marge de la DRC Mining Week, le directeur général de Kipay Energy, Éric Monga, a pris part jeudi 18 juin à un panel de haut niveau consacré aux enjeux énergétiques dans le secteur minier. Le patron de cette entreprise spécialisée dans l’hydroélectricité privée a défendu l’idée que la RDC a les moyens de produire davantage son propre courant grâce à ses ressources disponibles, à condition de mieux soutenir les acteurs locaux engagés dans ce secteur.
Ce cadre de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) a rappelé que la RDC possède plusieurs atouts, notamment ses ressources hydrauliques, son potentiel solaire ainsi que des compétences nationales capables de porter des projets structurants. De son avis, le véritable défi ne réside plus dans l’identification des opportunités, mais dans leur concrétisation.
Revenant sur son parcours de premier Congolais à avoir développé un barrage privé, cet entrepreneur a refusé de centrer le débat sur sa personne, préférant mettre en avant une dynamique collective portée par des acteurs congolais engagés dans la recherche de solutions.
« Je ne voudrais pas personnaliser : nous sommes une série de Congolais qui se rassemblent pour concrétiser, plutôt que de se plaindre, et trouver des solutions par nous-mêmes. On ne va pas se plaindre éternellement du manque d’énergie, de farine, etc. Que faisons-nous pour apporter des solutions à notre pays ? Voilà la grande question. Nous avons toutes les capacités ; mais, pour avancer, nous devons faire face aux institutions, et l’État congolais doit nous accompagner. Dieu merci, la loi prévoit des institutions qui nous accompagnent. Nous avons toutefois l’impression qu’il existe parfois une divergence de vues, que les institutions étatiques ne se parlent pas complètement entre elles. Il y a une dualité entre l’intérêt public — de grands projets bénéficiant à toute la population, même si l’opérateur économique y trouve son compte, c’est son rôle — et les visées de l’État, parfois diamétralement opposées. »

Pour le dirigeant de Kipay Energy, cette situation traduit un manque de coordination institutionnelle qui peut ralentir la réalisation des projets. Il estime qu’un même dossier peut bénéficier du soutien d’une administration tout en rencontrant des blocages auprès d’une autre. Face à ces contraintes, il mise sur le dialogue permanent avec les acteurs publics et privés, citant notamment l’ANAPI, la FEC, le forum Makutano ou encore la cellule climat des affaires de la Présidence parmi les structures sollicitées.
Le patron de Kipay Energy a également dénoncé ce qu’il considère comme une incohérence entre les ambitions affichées pour le développement énergétique et certaines orientations fiscales envisagées. Il a notamment évoqué une proposition de loi de finances rectificative prévoyant, selon lui, une nouvelle charge sur l’énergie produite localement.
« Tout le monde parle d’énergie : sans énergie, il n’y a rien. On donne un cadre pour la développer ; hier, le ministre de l’Énergie a dit tendre vers une fiscalité à zéro sur le secteur. Pourtant, nous avons vu circuler hier une proposition de loi de finances rectificative instaurant un surcoût sur l’énergie produite localement de 2 cents le kWh — soit environ 20 % de plus que le prix de la SNEL — et de 1 cent sur l’énergie importée. Et ils n’ont pas retenu un taux ad valorem, mais un montant fixe, sachant que le prix peut baisser. »
Selon lui, une telle mesure pourrait fragiliser la viabilité financière des projets énergétiques privés. « Les marges et le taux de rentabilité interne étant déjà faibles, le moindre indice qui déforme le modèle financier vous prive du financement », a-t-il averti, expliquant que les opérateurs doivent ensuite chercher des mécanismes pour limiter ces risques, notamment à travers les assurances et le plaidoyer institutionnel.
Au-delà des enjeux liés à son entreprise, Éric Monga estime que l’engagement des entrepreneurs congolais peut jouer un rôle dans l’attraction des investisseurs étrangers. À ses yeux, le fait de voir des acteurs locaux investir et développer des projets constitue un signal de confiance pour les partenaires internationaux.
Pour conclure, le directeur général de Kipay Energy a appelé à privilégier une vision de long terme dans la politique énergétique nationale. Il estime que favoriser la production locale permettrait d’accélérer l’industrialisation, la transformation sur place des ressources et, à terme, d’élargir l’assiette des recettes publiques.
« S’il nous permet de produire à taxe zéro, vous aurez beaucoup d’énergie ici, et cela ramènera, à terme, davantage de production, de transformation locale et donc de recettes pour l’État », a-t-il affirmé, convaincu que l’abondance énergétique reste une condition essentielle au développement économique de la RDC.
Dostin Eugène LUANGE, depuis Lubumbashi