En RDC, le développement de nouvelles capacités énergétiques sera tributaire de la capacité des producteurs à sécuriser des financements. Pour Éric Monga, directeur général de Kipay Energy, les contrats d’achat d’électricité conclus avec les entreprises minières constituent aujourd’hui un élément central pour rendre les projets bancables et attirer les capitaux nécessaires à la construction de futures centrales.
Cet éminent homme d’affaires s’exprimait vendredi 19 Juin à Lubumbashi, en marge de la clôture de la 21ᵉ édition de la DRC Mining Week, lors d’un panel consacré au thème « l’énergie pour les mines : le mythe énergétique entre les sociétés minières, les services publics nationaux et les investisseurs dans les projets énergétiques », sponsorisé par Copperbelt Energy.
La rencontre a réuni des représentants du secteur minier, des investisseurs et des acteurs publics autour d’une problématique majeure : comment financer les infrastructures énergétiques alors que la RDC reste confrontée à un déficit important d’électricité ?
En effet, le pays dispose actuellement d’une capacité de production estimée à environ 2 100 MW, dont une grande partie est absorbée par l’industrie minière. Nonobstant cette consommation, les entreprises minières continuent de faire face à un manque d’approvisionnement énergétique qui limite leurs capacités de production.
Pour Éric Monga, l’enjeu ne réside pas uniquement dans la disponibilité des ressources énergétiques, mais aussi dans la capacité à structurer des projets capables de convaincre les bailleurs. Il pense que les contrats d’achat d’électricité (PPA) signés avec les opérateurs miniers jouent un rôle déterminant dans cette équation. Ils offrent aux producteurs indépendants une visibilité commerciale indispensable pour lever des financements auprès des institutions financières.
« Les PPA peuvent être conclus avec le public, avec la SNEL, mais malheureusement, de ce côté-là, les gens se méfient, parce qu’il n’y a pas une certaine fiabilité technique. Et de l’autre côté, les gens prennent des PPA avec des privés du secteur minier. Si une entreprise minière vous donne un contrat d’achat d’énergie, c’est considéré comme une garantie, une sûreté qui vous permet de lever les fonds dans un milieu tant national qu’international. Il sera difficile de se départir du secteur minier, parce que le secteur minier nous donne justement cette bancabilité, cette sûreté d’être bancable. », a déclaré Éric Monga.
Le patron de Kipay Energy a toutefois souligné les contraintes économiques propres au secteur énergétique. Avec des marges limitées, les producteurs doivent trouver des modèles capables de rassurer les investisseurs sur la viabilité financière des projets.
« Les marges sont petites dans l’énergie : entre 10 % et 12 %. Si vous êtes à 12 %, on ne va pas vous prêter l’argent », a-t-il expliqué. Il a également évoqué la nécessité de mieux intégrer les obligations sociales et réglementaires dans le montage financier des projets. L’obligation de réserver une partie de la production énergétique à la population, notamment, doit selon lui être accompagnée d’un mécanisme économique permettant de préserver la rentabilité des investissements.
« Il faut inventer des solutions », a-t-il soutenu, appelant à trouver un équilibre entre les attentes de l’État, les besoins des communautés et les exigences des investisseurs privés.
Séance tenante, Éric Monga a salué l’évolution de l’écosystème d’investissement en RDC, citant notamment les instruments proposés par l’ANAPI, le développement du marché local de l’assurance ainsi que l’intérêt croissant d’institutions financières comme Afreximbank et l’AFC pour les producteurs indépendants d’électricité (IPP).
Depuis la libéralisation du secteur électrique en 2014, plusieurs opérateurs privés ont progressivement investi aux côtés de la SNEL, notamment pour répondre aux besoins des grands consommateurs industriels.
En conclusion, le dirigeant a défendu l’idée que l’Afrique dispose des ressources financières nécessaires pour accompagner son propre développement énergétique.
« Il n’y a pas un problème de capitaux en Afrique. Nous avons des capitaux en Afrique. Nous sommes dans une ère où l’Afrique devrait financer l’Afrique », a-t-il déclaré, plaidant pour une meilleure mobilisation des ressources locales, notamment celles des fonds de pension et des compagnies d’assurance.
Dostin Eugène LUANGE, depuis Lubumbashi