Depuis février 2025, les producteurs de cobalt en RDC ne peuvent plus exporter leur production. Alors que l’embargo initial de quatre mois a été prolongé pour trois mois supplémentaires en juin, les compagnies n’ont jusqu’ici signalé aucune baisse de régime dans la production de ce métal.
Le chinois CMOC et le suisse Glencore, qui représentent environ 70 % du cobalt exporté en RDC, ont extrait ensemble 78 773 tonnes au premier semestre 2025, soit +15 % sur un an. Malgré l’embargo qui bloque les exportations depuis février, Glencore a même revu ses prévisions annuelles à la hausse. Derrière ce paradoxe se trouvent des logiques économiques et techniques qui expliquent pourquoi les producteurs congolais maintiennent le rythme de production de ce métal.
À Mutanda et KCC, ses deux mines congolaises, le groupe suisse a annoncé début août une production de 17 700 tonnes au premier semestre, contre 14 400 tonnes un an plus tôt (+23 %). Quelques semaines plus tôt, CMOC a de son côté rapporté 61 073 tonnes sur la même période, en hausse de 13 % en glissement annuel. Le groupe chinois vise une production comprise entre 100 000 et 120 000 tonnes en 2025, après 114 165 tonnes en 2024. En parallèle, Glencore prévoit désormais de produire au moins 42 000 tonnes cette année, contre 40 000 initialement.
Si la production se poursuit malgré l’interdiction d’exporter, c’est d’abord parce que le cobalt congolais est stocké dans le pays en attendant la fin de l’embargo, prévue au plus tôt en septembre. Dans un marché où les prix ont bondi de plus de 50 % depuis février et où les stocks hors RDC s’épuisent progressivement, ces volumes pourraient être écoulés rapidement à la levée des restrictions, à des prix potentiellement plus élevés.
Surtout, les producteurs n’ont guère le choix : 99 % du cobalt mondial est un sous-produit du cuivre ou du nickel, rappelle le Cobalt Institute. La plupart des sites congolais où est extrait le cobalt sont ainsi des mines de cuivre-cobalt, à l’instar de Tenke Fungurume et Kisanfu (CMOC). En continuant à extraire le cuivre, dont le prix fluctue entre 8000 et 10 000 dollars la tonne cette année, les compagnies minières produisent inévitablement du cobalt. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi l’Indonésie est devenue le deuxième producteur mondial de cobalt ces dernières années, au moment où sa production de nickel explosait en parallèle.
« La croissance de l’offre de nickel et de son sous-produit, le cobalt, a permis à l’Indonésie de passer de seulement 2 % de la production mondiale de cobalt en 2021 à 12 % en 2024. Au cours de cette période, la production de cobalt a été multipliée par 12 », souligne le Cobalt Institute.
À court terme, le marché mondial du cobalt reste suspendu à la levée de l’embargo congolais. Mais la dépendance structurelle au cuivre et au nickel montre que les producteurs n’ont pas entièrement la main sur les volumes de cobalt extraits. Pour y faire face et éviter un nouveau déclin des prix, Kinshasa envisage d’ailleurs la mise en place de quotas d’exportations.