La RDC prépare sa première émission obligataire internationale, prévue avant juin 2026. L’opération qui servira à financer ses infrastructures et renforcer sa connectivité intervient dans un contexte de taux d’intérêt mondiaux élevés et de dette publique encore soutenable, inférieure à 20% du PIB.
La RDC s’apprête à émettre 1,5 milliard $ en eurobonds pour financer des infrastructures prioritaires et améliorer la connectivité nationale. Le processus d’émission annoncé le vendredi 22 août 2025 par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi (photo), pourrait s’achever avant le 30 juin 2026.
Il intervient dans un contexte où les taux d’intérêt mondiaux demeurent élevés : entre 4,25 % et 4,50 % aux USA et autour de 2,15 % en Europe. Ces conditions pourraient alourdir le coût de l’emprunt pour la RDC si les taux restent inchangés au moment de l’émission de l’eurobond. Le ministère des Finances envisage de recruter deux institutions bancaires, l’une internationale et l’autre locale, ainsi qu’un cabinet international comme conseiller juridique pour encadrer cette opération de levée de fonds.
La situation actuelle de la dette congolaise
L’encours de la dette publique de la RDC au quatrième trimestre 2024 s’élève à 13,168 milliards $, selon le bulletin trimestriel de la dette publique T4, produit en avril 2025 par le ministère des Finances du pays. Cette dette représente 18,49 % du produit intérieur brut (PIB) contre 59% en moyenne en Afrique subsaharienne. Ce ratio reste largement en dessous de la limite autorisée dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) qui est de 70%. Cette dette reste donc contrôlable et soutenable.
Cependant, le coût élevé des charges d’intérêts constitue un risque à long terme qui pourrait peser sur le remboursement de la dette. En avril 2025, l’agence de notation financière Moody’s a confirmé la note B3 avec perspective stable pour la RDC. Cette notation place le pays dans la catégorie spéculative, ce qui traduit un signal de prudence et reflète un risque non négligeable pour les investisseurs. L’évolution de cette notation pourrait donc influencer la perception du risque chez des investisseurs désireux de souscrire à cet eurobond.
Les objectifs et attentes de l’opération
L’opération permettra à la RDC de diversifier ses sources de financement et de se positionner sur les marchés internationaux à travers une dette de maturité plus longue. Les fonds mobilisés devraient être affectés à des projets structurants dans les domaines des infrastructures. Pour plusieurs analystes, le succès de cette opération dépendra moins du volume levé que de la transparence dans l’allocation des ressources et du suivi rigoureux des projets. Pour la RDC, cette première émission constitue donc une étape de crédibilisation financière à l’international.
Rappelons que le pays avait déjà envisagé en 2015 une première émission d’eurobond. Le projet n’avait finalement pas abouti. La relance de l’initiative en 2025 soulève plusieurs interrogations : quelles seront les conditions financières de l’émission (taux d’intérêt proposé, maturité, structure de remboursement) ? S’inscrit-elle dans un plan plus large de levées de fonds sur les marchés internationaux ? Et surtout, quel impact aura-t-elle sur l’évolution de la dette publique congolaise ? En attendant d’avoir des réponses concrètes, ce premier eurobond pourrait représenter une étape clé pour l’accès du pays aux marchés internationaux.