Le député national Nicolas Kazadi appelle le gouvernement congolais à convertir la dette en valeur énergétique. Dans une tribune publiée le week-end dernier, en réaction à une interview de Madame Sandrine Ngalula Mubenga dans Forbes Afrique, l’ancien ministre des Finances estime que l’émission récente d’eurobonds congolais de 1,25 milliard USD — en partie destinée au financement du barrage de Katende — doit s’accompagner d’une discipline d’exécution sans précédent.
Néanmoins, il reconnaît toutefois les avancées enregistrées sous le Président Félix Tshisekedi en matière d’énergie. De son avis, la capacité installée serait passée de 2 972 MW en 2020 à 4 133 MW fin 2025 (+39 %), tandis que le taux de desserte aurait progressé de 17 % à 29 %.
« La récente émission d’eurobonds de 1,25 milliard USD, dont une partie est destinée à financer l’achèvement du barrage de Katende, marque l’entrée de la RDC sur les marchés internationaux. Mais elle ouvre aussi une obligation nouvelle : ne pas transformer cette émission en vulnérabilité budgétaire. Une dette à près de 9 % n’est pas une ressource ordinaire. Elle exige des projets mûrs, rapides, productifs, audités, capables de générer de la valeur et de soutenir leur propre justification économique », a-t-il écrit.
Cet ancien membre du gouvernement estime que l’expérience montre que les projets électriques en RDC réussissent mieux lorsqu’ils reposent sur une demande solvable, un opérateur clairement responsabilisé et un montage financier rigoureux.
L’Autorité de Régulation de l’Électricité a examiné 115 projets en 2025, représentant un potentiel additionnel de 2 272 MW d’ici 2030. Toutefois, Nicolas Kazadi souligne un écart préoccupant : sur 4 133 MW installés, seuls 2 808 MW sont effectivement produits. Il rappelle également que la RDC est devenue importatrice nette d’électricité depuis 2019, avec une facture annuelle moyenne estimée à 200 millions USD — un paradoxe pour un pays au potentiel hydroélectrique considérable.
Busanga contre Kakobola : deux modèles opposés
Pour illustrer son propos, Nicolas Kazadi compare deux trajectoires. Le barrage de Busanga, porté par une logique industrielle privée, a produit 240 MW en quatre ans. À l’inverse, Kakobola a mis environ quinze ans pour générer seulement 10 MW, tandis que Katende (64 MW prévus) reste inachevé après de longues années de retard. Il déduit qu’en RDC, la performance des projets énergétiques dépend directement de la qualité de leur structuration financière et opérationnelle.
Une dette exigeante
L’ancien ministre des finances insiste sur le fait qu’un eurobond à 9 % ne constitue pas une ressource ordinaire. Il estime qu’un financement concessionnel ou semi-concessionnel aurait été plus adapté pour un projet comme Katende, compte tenu des faiblesses structurelles de la maîtrise d’ouvrage publique.
À défaut, il recommande de faire de Katende un projet pilote en matière de redevabilité : audit technique, calendrier contraignant, paiements conditionnés aux résultats, publication trimestrielle de l’avancement et suivi rigoureux des décaissements.
« Le bon cap n’est pas de refuser l’endettement, mais de s’endetter avec discipline, sans confondre dette levée et valeur créée », écrit-il.
Concernant le projet Inga, Nicolas Kazadi estime que les accords récents avec les États-Unis pourraient apporter un soutien stratégique, financier et géopolitique déterminant. Il appelle néanmoins à avancer avec prudence, en maintenant une ouverture aux partenaires africains, européens et chinois, afin de faire d’Inga une plateforme énergétique crédible et bancable.
Pour atteindre l’objectif gouvernemental de 62 % d’accès à l’électricité d’ici 2030, il préconise d’identifier des projets prioritaires techniquement prêts et financièrement structurés, puis de les présenter à des investisseurs dans le cadre de roadshows rigoureusement préparés.
DosEco