Dépenses en urgence : les critiques contre Nicolas Kazadi n’etaient qu’une arme politique (Tribune)

En 2024, sur fond de chiffres contestés et de divergences marquées, plusieurs institutions – l’Inspection générale des finances (IGF), la Cour des comptes, et même le Président de l’Assemblée nationale – avaient exprimé publiquement de vives critiques à l’endroit du Gouvernement Sama Lukonde.


Un référé de la Cour des comptes adressé à la Première ministre Suminwa dénonçait même une « généralisation excessive » des dépenses en procédure d’urgence, jugées incompatibles avec la bonne gouvernance. À l’époque, l’opinion avait retenu une image : l’urgence budgétaire comme synonyme de détournements.

Des promesses au FMI… vite trahies

Saisissant l’opportunité pour se présenter en rectificateurs des dérives, le gouvernement Suminwa avait promis au FMI de ramener la part des dépenses en urgence à 8 % en 2024. Mais selon plusieurs recoupements officiels, à fin décembre, la réalité est toute autre : plus de 20 % du budget exécuté l’ont été en procédure d’urgence. Soit le niveau le plus élevé de ces 7 dernières années. Le ministère des finances a soigneusement évité de publier le chiffre des dépenses en urgence à fin 2024, histoire de ne pas perdre la face.

Pire encore, pour le seul mois de mai 2025, pas moins de 75 % des recettes mobilisées ont été englouties dans des « dépenses exceptionnelles », présentées comme des charges sécuritaires exceptionnelles, contre à peine 1 % de frais de fonctionnement, soit 19 milliards de francs. Des chiffres sujets à caution, quand on sait que rien que le fonctionnement pour les écoles et l’armée représente au bas mot 200 milliards de francs mensuels, toujours payés dans le strict respect de la chaîne de la dépense.

Le discours rattrapé par les faits

En octobre 2024, la Première ministre Judith Suminwa affirmait sur Top Congo FM que « le taux de dépenses en urgence a chuté de plus de 30 %, à un niveau compris entre 7 et 10 % ». Les rapports officiels révèlent pourtant l’inverse. Une illustration flagrante du « miss reporting », cette pratique consistant à enjoliver les chiffres et les réformes, pour rassurer bailleurs et opinion publique, tout en détruisant à long terme la crédibilité du pays.

Crédibilité en péril

Ce retournement est implacable : ceux qui hier fustigeaient la procédure d’urgence, s’y sont donnés à cœur joie ! Résultat : la transparence budgétaire s’effondre, et la confiance du FMI comme des partenaires extérieurs vacille. La critique n’était donc qu’une arme politique ! La pratique est devenue une habitude. Et la crédibilité budgétaire de la RDC, elle, continue de s’effriter.

Aristote KAJIBWAMI et MULOPWE Wa Ku DEMBA

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