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La dette africaine : une bombe sociale et économique prête à exploser

En 2024, la dette publique africaine a franchi un cap historique, atteignant 1 860 milliards d’euros, en hausse de 183 % depuis 2010, un taux environ quatre fois supérieur à la croissance de son PIB, selon l’ONU. En moins d’une décennie, le ratio moyen dette/PIB du continent est passé de 44,4 % à 66,7 %. Plus inquiétant encore : selon le Fonds monétaire international (FMI), 22 pays africains sont déjà en situation de surendettement ou exposés à un risque élevé.

Ces chiffres posent une question brutale : jusqu’à quand l’Afrique pourra-t-elle continuer à emprunter au prix fort sans compromettre l’avenir de ses populations ? Dans plusieurs pays, entre 20 et 30 % du budget national est englouti par le service de la dette. Chaque dollar envoyé aux créanciers est un dollar en moins pour construire des écoles, équiper des hôpitaux ou moderniser des routes.

Le paradoxe est cruel : l’Afrique, pourtant riche en ressources naturelles, paie les taux d’intérêt les plus élevés du monde. Alors que l’Allemagne peut emprunter à 1,5 %, les États-Unis à 3,1 % et la moyenne asiatique est de 6,6 %, l’Afrique est contrainte de payer autour de 16 %. Autrement dit : plus un pays est pauvre, plus l’accès à l’argent lui coûte cher.

Les exemples récents sont édifiants :

  • La Zambie est devenue en 2020 le premier État africain à faire défaut sur sa dette en pleine pandémie. Projets suspendus, négociations humiliantes avec le FMI, croissance à l’arrêt.
  • Le Ghana, modèle économique il y a peu, a déclaré en 2022 son incapacité à rembourser sa dette extérieure. Résultat : restructuration forcée, hausse brutale des impôts, inflation et colère sociale.
  • Le Kenya consacre aujourd’hui près de 60 % de ses recettes fiscales uniquement au remboursement de sa dette. L’État peine à payer ses fonctionnaires, tandis que les investissements sociaux et d’infrastructure sont sacrifiés.

Les institutions financières internationales, souvent appuyées par les grandes puissances, présentent ces prêts comme une « aide ». Mais derrière le discours, c’est un piège. Ces dettes, contractées à prix d’or, profitent rarement au développement productif. Elles disparaissent dans des projets mal négociés, des contrats opaques ou des dépenses de fonctionnement sans lendemain.

C’est précisément ce constat que les organisateurs de la 5ᵉ Conférence africaine sur la dette et le développement (AfCoDD V) ouverte ce lundi ont voulu mettre en lumière à Accra. Le système actuel est insoutenable. L’Afrique ne peut pas se développer si elle continue à verser chaque année des milliards à ses créanciers, pendant que ses populations s’enfoncent dans la pauvreté.

La dette africaine n’est pas une fatalité : c’est une construction politique et économique. Tant que ce système perdurera, l’Afrique restera prisonnière de l’endettement.

L’ouverture des travaux d’Accra a sonné comme une alerte : il est temps de briser ce cycle infernal et de replacer l’avenir des Africains au cœur des priorités.

JB/CP

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