Métaux critiques : le Qatar cherche sa place dans le sous-sol africain

Avec 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques, le sous-sol africain est l’objet de toutes les convoitises, y compris celles des États du Golfe. Après l’Arabie saoudite et les Émirats, c’est le Qatar qui avance actuellement ses pions.

En août 2025, le cheikh Al Mansour Bin Jabor Bin Jassim Al Thani, cousin de l’émir du Qatar, a dévoilé un plan d’investissement de 100 milliards $ à l’issue d’une tournée dans dix pays africains. À travers son fonds Al Mansour Holding, il a signé des accords couvrant plusieurs secteurs stratégiques, dont les mines. Si les projets précis restent à définir, Doha vise entre autres les richesses minérales du continent, à la fois pour diversifier son économie et pour renforcer son poids dans la compétition mondiale autour des ressources critiques.

De Lusaka à Kinshasa, les annonces se sont succédé : 19 milliards $ promis en Zambie, 12 milliards au Botswana, 20 milliards au Mozambique, 21 milliards en RDC et 19 milliards au Zimbabwe. Autant de montants faramineux, mais sans détail sur les modalités de décaissement ni sur le calendrier. Les accords évoquent l’agriculture, le tourisme, les infrastructures, l’énergie et les mines. L’intérêt du Qatar pour le sous-sol africain se dessine donc en filigrane, et il s’est confirmé cette semaine.

Le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) a en effet annoncé le 17 septembre un investissement de 500 millions $ dans Ivanhoe Mines, qui exploite la plus grande mine congolaise de cuivre. Outre Kamoa-Kakula, la compagnie basée à Vancouver contrôle également en RDC la mine de zinc Kipushi et le projet sud-africain de métaux du groupe de platine Platreef. Une fois la transaction finalisée, QIA détiendra environ 4 % du capital d’Ivanhoe, et explorera avec la compagnie d’autres opportunités d’investissement.

L’intérêt de Doha ne s’arrête pas à la RDC. Ivanhoe est aussi présent sur d’autres gisements cuprifères en Angola et en Zambie, deuxième producteur africain de cuivre. Comme l’a expliqué Mohammed Saif Al-Sowaidi, patron du QIA, l’objectif est de soutenir la compagnie dans la recherche et l’approvisionnement en minéraux essentiels à la transition énergétique mondiale. À l’image de ses voisins du Golfe, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, le Qatar entend jouer un rôle de premier plan dans la conquête de ces ressources, dont environ un tiers se trouve dans le sous-sol africain.

Avant l’arrivée de Doha dans le secteur minier congolais, International Resources Holding (IRH) d’Abu Dhabi a ainsi signé en juin 2025 un accord pour prendre le contrôle de la principale mine d’étain de RDC. Un an plus tôt, le groupe IRH signait son premier gros coup dans le secteur minier africain, en déboursant plus d’un milliard de dollars pour 51 % de participation dans les actifs de cuivre de Mopani en Zambie.

Une diversification hors hydrocarbures assumée

La carte des pays visités par le cheikh Al Mansour recoupe d’ailleurs en partie celle des États africains riches en minéraux critiques. Outre le cuivre, la Zambie et la RDC hébergent du cobalt. Deuxième producteur mondial de diamants, le Botswana voit émerger depuis quelques années une industrie cuprifère. Le Mozambique est le premier producteur africain de graphite, alors que le Zimbabwe est leader continental en matière de lithium. Toutes ces matières premières sont utilisées dans la production de batteries et de véhicules électriques, ainsi que dans l’industrie solaire et éolienne.

L’intérêt du Qatar pour ces minerais ne date pas de l’accord avec Ivanhoe. En août 2024, QIA avait déjà engagé 180 millions $ dans TechMet, société à capitaux américains qui contrôle indirectement des actifs d’étain, de tungstène et de tantale au Rwanda. Ces investissements interviennent alors que l’économie qatarie connaît une réorientation stratégique. Pétromonarchie devenue prospère grâce aux exportations de pétrole et de gaz, le pays cherche désormais à diversifier ses sources de revenus. Dans la Stratégie nationale de développement 2024-2030, le Qatar s’est notamment fixé pour objectif d’atteindre une croissance hors hydrocarbures de 4 % par an.

Une promesse à matérialiser

La richesse du sous-sol africain a longtemps attiré des acteurs aux agendas qui ne coïncident pas toujours avec ceux des pays hôtes. Ces dernières années cependant, les gouvernements africains insistent de plus en plus sur la transformation locale des minerais et sur le contenu local comme conditions à toute nouvelle exploitation. Raffinage du lithium au Zimbabwe, fonderies de cuivre en Zambie et en RDC, exigence d’associer les entreprises locales aux projets font partie des initiatives en cours.

Ce sont autant de priorités que les nouveaux investisseurs, y compris Doha, ne pourront ignorer, surtout s’ils veulent s’inscrire comme alternatives à la Chine, acteur dominant dans les minéraux critiques à l’échelle africaine et mondiale. Les promesses d’investissement du cheikh Al Mansour ont été placées sous le sceau du partenariat gagnant-gagnant. Mais au-delà des annonces spectaculaires, c’est sur la capacité du Qatar à répondre aux exigences de valeur ajoutée locale que se jouera la matérialisation de son offensive africaine face à la concurrence chinoise et aux autres puissances déjà présentes.

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