Longtemps critiquée pour profiter encore du traitement spécial et différencié de l’OMC, la Chine y a finalement renoncé. Un choix salué par l’institution, qui pourrait renforcer la position des pays africains qui réclament un traitement adapté dans les accords commerciaux mondiaux.
La Chine a annoncé qu’il ne sollicitera plus le « traitement spécial et différencié » (S&DT) dans les futurs accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette décision, confirmée par le Premier ministre chinois, Li Qiang (photo), et saluée par la directrice générale de l’institution, Ngozi Okonjo-Iweala, marque un tournant majeur dans les débats sur l’équilibre entre économies émergentes et pays réellement en développement.
Depuis sa création, l’OMC accorde aux pays en développement des flexibilités pour mettre en œuvre ses accords, à travers des délais de transition prolongés, une assistance technique ou encore des exemptions temporaires. Ces mesures visaient à compenser des capacités économiques jugées limitées. Mais la montée en puissance de la Chine, devenue premier exportateur mondial de marchandises et deuxième puissance économique de la planète, a nourri les critiques de nombreux membres, qui jugeaient incohérent qu’elle profite toujours de ces aménagements.
« C’est un moment charnière pour le système commercial multilatéral », a déclaré Ngozi Okonjo-Iweala.
Selon elle, la décision chinoise traduit une volonté de renforcer l’équité entre membres et de relancer la réforme de l’OMC. Elle intervient dans un contexte où les Etats-Unis de Donald Trump ont déclenché une guerre tarifaire contre Pékin qu’ils accusent de pratiques déloyales dans leurs échanges commerciaux.
Cette évolution pourrait avoir un impact direct sur les pays africains. En renonçant aux avantages réservés aux pays en développement, Pékin laisse davantage de place aux économies qui en ont réellement besoin pour défendre leurs priorités. Cela concerne notamment l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche, où la Chine, grand subventionneur mondial, ne pourra plus réclamer de traitement préférentiel. Mais l’effet pourrait aussi se faire sentir dans les discussions sur les subventions agricoles et industrielles, offrant aux pays africains plus de légitimité pour exiger des conditions adaptées à leurs contraintes.
La Banque mondiale classe la Chine depuis 2010 dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire supérieur, tandis que le FMI la range parmi les grandes économies émergentes. Mais seule l’OMC permettait jusqu’ici à Pékin de conserver un statut de pays en développement, grâce à un système d’auto-déclaration critiqué par les économies avancées.
Rappelons que la décision qui porte sur l’abandon du traitement spécial et différencié, ne signifie pas pour autant que la Chine renonce à se définir comme pays en développement. Il reste néanmoins à voir comment ce choix impactera les dynamiques des coalitions Sud-Sud à l’OMC, où Pékin occupait jusqu’ici une place centrale aux côtés des pays africains.
DosEco avec l’Agence Ecofin