Dans son rapport opérationnel publié au mois de novembre, Barrick Mining a annoncé une production de 191 000 onces d’or au troisième trimestre 2025 à Kibali, en hausse annuelle de 21 %. Fort de cette performance, le groupe a réitéré ses objectifs annuels pour la mine, où il prévoit de poursuivre l’exploitation au-delà de 2037.
Une projection qui garantit plus largement à la République démocratique du Congo le maintien à long terme d’un actif clé, au moment où elle cherche à attirer de nouveaux investissements pour développer d’autres mines industrielles d’or.
Un secteur affecté, notamment par des contraintes sécuritaires
En septembre, le ministre des mines Louis Watum faisait part à Bloomberg de la volonté de l’État de stimuler des investissements sur le segment aurifère. Une ambition loin d’être anodine, compte tenu des cours haussiers du métal jaune, mais aussi des perturbations récemment enregistrées sur certains sites, dans un contexte sécuritaire tendu. Plusieurs mines industrielles sont en effet actuellement à l’arrêt.
C’est le cas de Twangiza, absente de la liste des producteurs d’or en RDC depuis 2021, une situation imputable à des contraintes opérationnelles, notamment l’avancée des rebelles du M23 dans la province du Sud-Kivu. La situation est presque similaire à Namoya, également située dans le Sud-Kivu. Face aux défis sécuritaires persistants, le canadien Banro Corporation a procédé à la vente de cette mine à Shomka Resources en 2020. Selon le site officiel de cette dernière, Namoya était en maintenance en 2024, les opérations étant à l’arrêt depuis 2020.
La filière artisanale subit elle aussi les conséquences de la situation sécuritaire dans le pays. En 2024, les exportations d’or issues de cette filière ont baissé de 66 % et pourraient encore reculer en 2025. Une conjoncture qui a entraîné plus largement une baisse de 3 % des exportations aurifères totales de la RDC, la filière industrielle désormais portée à 99 % par Kibali, ayant partiellement couvert la mauvaise performance des mines artisanales. Ceci malgré une baisse de 10 % de la production de Kibali à l’issue de cet exercice, à 686 000 onces. Barrick Mining s’attend toutefois à une reprise en 2025, avec une production comprise entre 688 000 et 755 000 onces.
Un îlot de stabilité et un levier de croissance pour l’or congolais
Dans ce paysage minier agité, Kibali continue de faire figure d’exception. Depuis son lancement en 2013, cette mine s’est en effet imposée comme le principal pôle de production aurifère du pays. Cette année-là où elle a produit 90 000 onces d’or (2,8 tonnes), la production nationale a progressé de 117 % en glissement annuel pour atteindre 6,1 tonnes. Cette donnée officielle englobait aussi à l’époque les produits des mines artisanales, ainsi que celle de Twangiza, une autre mine industrielle lancée en 2012.
L’effet Kibali s’est confirmé en 2014, sa première année d’exploitation complète. Avec une production de 526 600 onces (16,38 tonnes), la mine a représenté environ 68 % de la production aurifère nationale au cours de cet exercice. En tout, la RDC a produit cette année-là 23,9 tonnes d’or, portée également par la contribution de Namoya, une troisième mine industrielle.
Plus de 10 ans plus tard, Kibali reste le pilier de l’industrie aurifère congolaise. Malgré des tensions ponctuelles avec Kinshasa après l’adoption d’un nouveau Code minier en 2018, Barrick Mining a maintenu le site en production. Sur la période, la moyenne annuelle fluctuait entre 500 000 et 600 000 onces, avec un pic à 814 000 onces en 2019. Des performances qui lui ont permis de s’imposer comme la plus grande mine d’or d’Afrique, dépassée seulement en 2024 par la mine ghanéenne HYPERLINK.
Alors que Kinshasa cherche à renforcer son secteur aurifère, Kibali devrait rester au cœur de l’équation. Comme susmentionné, Barrick entend exploiter cet actif jusqu’en 2037 au moins, misant sur la potentielle découverte de nouveaux gisements. Cette perspective repose principalement sur les résultats d’exploration enregistrés à ce stade sur le corridor ARK-KCD, lequel abrite le principal gisement de la mine.
« Kibali a été bâtie avec une vision à long terme et a constamment affiché des résultats en termes de production, de partenariats et de croissance des réserves. Nous avons remplacé chaque once extraite, et même plus, depuis que Kibali a coulé son premier or en 2013, et le corridor ARK-KCD montre qu’il reste encore beaucoup à faire », déclarait en juillet dernier Mark Bristow, ex-DG de Barrick Mining.
Une optimisation des performances, couplée à la concrétisation des plans de l’État, peut ainsi stimuler la croissance de la production aurifère nationale. Toutefois, les développements observés ces dernières semaines concernant l’avenir de Barrick Mining interpellent. Mark Hill, le DG par intérim désigné après le départ de Bristow, a notamment laissé entendre plus tôt ce mois que le groupe compte désormais concentrer sa croissance sur ses mines d’or américaines, notamment aux États-Unis et en République dominicaine.
Une sortie qui laisse planer un vent d’incertitude sur les actifs africains de Barrick, lesquels pourraient même faire l’objet d’une vente, selon des sources citées par Reuters. Pour l’heure, la société ne s’est pas encore officiellement prononcée sur une telle éventualité. AngloGold Ashanti, co-actionnaire de Kibali, n’a pas non plus réagi à ces différentes évocations. Notons que les deux sociétés contrôlent chacune 45 % du capital de la mine, contre 10 % pour la société minière publique SOKIMO.
En attendant d’éventuelles précisions, il faut aussi rappeler que les ambitions de Barrick pour Kibali restent conditionnées au renouvellement de ses permis d’exploitation. Les licences minières actuelles sont valables jusqu’en 2029-2030. Pendant ce temps, d’autres actifs aurifères émergent déjà pour potentiellement renforcer la production industrielle de la RDC. C’est le cas des projets Misisi (Avanti Gold) et Adumbi (Loncor Gold), deux gisements en exploration hébergeant chacun 3 millions d’onces de ressources minérales.
AE