La République démocratique du Congo fait face à une procédure judiciaire engagée aux États-Unis par la société PayServices, qui réclame jusqu’à 4 milliards USD pour des violations contractuelles présumées. En effet, il s’agit d’un accord signé début 2024 portant sur la numérisation de certaines institutions publiques et la mise en place de systèmes de paiement électronique en RDC.
Dans un communiqué publié mercredi 14 janvier 2026, le CNPAV indique avoir pris connaissance à la fois du communiqué du ministère du Portefeuille relatif à ce différend et des informations relayées par la presse internationale sur l’existence de cette plainte déposée devant une juridiction américaine.
Selon les éléments rendus publics par PayServices, la plainte évoque notamment des manquements contractuels et des allégations de tentatives de corruption impliquant plusieurs responsables congolais. Des noms de personnalités politiques et institutionnelles, dont des membres du gouvernement et de l’entourage présidentiel, y sont cités. À ce stade, ces accusations restent des allégations formulées par la partie plaignante dans le cadre de la procédure judiciaire en cours.
De son côté, le ministère du Portefeuille conteste la qualité bancaire de PayServices, rejette toute obligation financière de l’État congolais et affirme avoir agi dans le but de préserver les intérêts du Trésor public. Des arguments que le CNPAV juge insuffisants pour dissiper les dysfonctionnements institutionnels révélés par cette affaire. Une situation que la Coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) qualifie d’échec majeur de la gouvernance publique.
Pour la coalition, même en supposant que PayServices ne disposait pas des habilitations légales requises pour gérer des fonds publics, des zones d’ombre subsistent quant aux conditions dans lesquelles un projet de cette ampleur a pu être engagé. Elle s’interroge notamment sur l’absence d’appel d’offres, le manque de cadre légal clair, la non-publication des protocoles et accords signés, ainsi que sur l’implication de plusieurs acteurs publics sans chaîne de responsabilité clairement établie.
Le CNPAV dénonce par ailleurs une confusion des rôles au sommet de l’État, une gestion fragmentée et personnalisée des engagements publics, ainsi qu’une faiblesse des mécanismes de contrôle ex ante pourtant prévus par la législation congolaise.
Sur le plan financier et réputationnel, l’organisation estime que, même en l’absence de décaissement effectif à ce stade, le simple fait que la RDC soit exposée à une réclamation de 4 milliards USD devant une juridiction étrangère porte atteinte à la crédibilité du pays, alourdit son risque juridique et pourrait avoir des répercussions budgétaires indirectes.
Face à cette situation, le CNPAV appelle à la publication intégrale de l’ensemble des documents liés au dossier PayServices, à l’ouverture d’enquêtes judiciaires indépendantes afin d’établir les responsabilités institutionnelles, à la clarification de la chaîne de décision ayant engagé l’État, ainsi qu’à des poursuites contre les acteurs publics concernés en cas de condamnation ou de coût financier pour la RDC.
Elle plaide enfin pour une réforme effective des pratiques de gouvernance, fondée sur la transparence, la légalité et le contrôle des projets engageant les finances publiques.
Prince OKENDE