Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Turk, a lancé, le jeudi 5 février un appel à mobilisation de 400 millions USD pour répondre à la hausse rapide des besoins en matière de protection des droits humains dans plusieurs pays en crise, notamment au Soudan, au Myanmar et en République démocratique du Congo. Cet appel est inférieur de 100 millions USD à celui formulé l’an dernier, en raison de la baisse marquée des contributions de plusieurs bailleurs de fonds, dont les États-Unis et certains pays européens.
« Nous sommes actuellement en mode survie et nous travaillons sous forte contrainte. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir un système de protection des droits humains en crise », a déclaré Volker Turk, devant les délégués à Genève.
La réduction des financements a déjà entraîné un recul notable des capacités opérationnelles du Haut-Commissariat. Le nombre de missions de surveillance des violations des droits humains a baissé de plus de moitié en 2025 par rapport à 2024, et la présence de l’institution a été diminuée dans 17 pays. En 2024, le bureau a aussi enregistré un manque à gagner de 90 millions USD, ce qui a conduit à la suppression de 300 postes et directement affecté ses activités sur le terrain.
Les programmes au Myanmar ont été amputés de plus de 60 %, limitant la collecte de preuves. L’enquête des Nations unies sur de possibles crimes de guerre en RDC peine aussi à devenir pleinement opérationnelle faute de moyens.
Une incidence particulière au Soudan
Cette alerte tombe alors que la situation humanitaire au Soudan atteint un niveau critique. Selon la dernière évaluation de l’Integrated Food Security Phase Classification, les localités d’Um Baru et de Kernoi dans le Darfour du Nord, sont désormais classées en situation de famine. Plus de 21 millions de personnes sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le pays. Dans plusieurs zones du Darfour et du Kordofan, les taux de malnutrition aiguë globale dépassent 30 %, un seuil caractéristique de conditions assimilables à la famine, en particulier chez les enfants et les femmes enceintes.
Le conflit prolongé a détruit les moyens de subsistance, désorganisé les systèmes alimentaires locaux et provoqué une flambée des prix. L’effondrement des services essentiels, notamment la santé, l’eau et l’assainissement, aggrave la vulnérabilité des populations, surtout dans les zones assiégées ou à accès humanitaire restreint.
Richard Data, directeur pays du Comité international de secours (IRC) au Soudan, a déclaré : « Derrière ces chiffres se trouvent des mères, des pères et des enfants dont la vie ne tient qu’à un fil. Sans une aide humanitaire immédiate et renforcée, nous risquons de voir davantage de communautés basculer dans la famine. La communauté internationale doit agir maintenant avec des financements et un accès humanitaire sans entrave, avant que davantage de vies ne soient perdues ».
L’appel à mobiliser 400 millions USD vise à éviter un affaiblissement durable du système international de protection des droits humains, à un moment où les crises se multiplient en Afrique et ailleurs dans le monde. Sans un réengagement rapide des bailleurs de fonds, les capacités d’enquête, de prévention et d’assistance humanitaire continueront de se réduire, alors que la situation au Soudan illustre déjà le lien direct entre conflit prolongé, violations des droits humains et famine.
AE